Un parfum que l'Afrique connaît trop bien flotte au Mali : celui de la contestation électorale. Deux jours après le premier tour de l'élection présidentielle, le ministre de l'Administration territoriale a fait état mardi devant la presse à Bamako d'une "large avance" du favori, l'ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta (dit IBK). Et ce, à partir de résultats partiels portant sur un tiers de bulletins dépouillés.

Conformément aux prévisions, IBK serait suivi de son principal challenger, l'ex-ministre des Finances Soumaïla Cissé. Le colonel Moussa Sinko Coulibaly n'a pas indiqué comment se situaient les 25 autres candidats, ni précisé le nombre de voix obtenues par chacun. Il a toutefois parlé d'un taux de participation "exceptionnel" de 53,5% pour le Mali, où il se situe habituellement autour de 40%. Quant aux écarts entre les candidats, ils les a qualifiés d'"importants", suffisamment pour qu'il n'y ait pas de second tour le 11 août s'ils sont confirmés.

Cissé parti pour un second tour

Si cette déclaration a suscité à Bamako des manifestations spontanées de joie de partisans d'IBK, elle a également provoqué la colère du camp Cissé. "Ce que le ministre a dit n'est pas proche de la vérité (…), n'est pas juste", a fulminé Gagnon Coulibaly, coordinateur de campagne, évoquant un taux de dépouillement de "12%" et non du tiers. La veille, Soumaïla Cissé avait estimé qu'un second tour était "incontestable et inévitable".

Faisant fi de ces complications potentielles, la France et l'Union européenne ont salué avec insistance le déroulé du scrutin. "Il n'y a pas eu d'incidents que l'on peut qualifier de majeurs. Il y a eu de petites imperfections, souvent logistiques, qui ne remettent pas en cause la légitimité du résultat", a affirmé mardi matin le chef de la mission d'observation électorale de l'UE, Louis Michel. Un "grand succès pour le peuple malien et la communauté internationale qui a appuyé le processus", s'est félicité de son côté le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Paris espère désormais que rien ne gâchera cet épilogue programmé de la crise malienne.