Un scrutin censé ramener paix et stabilité. Six mois après le début de l'intervention armée de la France pour chasser les jihadistes qui occupaient le Nord du Mali, la présidentielle de dimanche doit mettre fin à la plus grave crise de l'histoire récente du pays. Si aucun candidat n'obtient la majorité absolue, un second tour aura lieu le 11 août. Le vote sera surveillé par de nombreux observateurs internationaux, dont 90 de l'Union européenne (UE). L'éclairage de Francis Simonis, historien spécialiste de l'Afrique de l'Ouest.

Le chef des observateurs de l'UE a estimé vendredi que l'élection peut "se dérouler dans un contexte et des conditions acceptables" : partagez-vous ce diagnostic ?
L'Union européenne veut que ces élections aient lieu, donc on nous expliquera bien sûr que, hormis quelques couacs, tout se sera bien passé. Mais dans la réalité, les conditions sont loin d'être idéales. Les listes d'électeurs ont été établies sur la base d'un recensement vieux de trois ans, qui exclura donc de nombreux jeunes. Une partie des cartes d'électeurs n'ont pas pu être été distribuées, et la plupart des déplacés (environ 500.000) ne pourront pas voter.
Autour de Kidal (nord), la situation n'est toujours pas réglée non plus : les touareg ont accepté que l'armée malienne y entre et que les élections soient organisées mais dans la région, les listes électorales sont périmées et de nombreux électeurs ne pourront pas voter. C'est enfin la pagaille dans les ambassades à l'étranger, ce qui fait que bon nombres d'expatriés seront exclus du scrutin, comme c'est le cas en France.

La campagne s'est toutefois bien déroulée?
Globalement oui, c'était une campagne normale et tout s'est bien passé. Mais le scrutin c'est autre chose. Il dépendra d'ailleurs aussi d'aléas que personne ne peut maîtriser, comme les conditions météo : le Mali est en pleine saison des pluies...

Les candidats vous paraissent-ils à la hauteur des enjeux ?
Les deux favoris, Ibrahim Boubacar Keita (dit "IBK") et Soumaila Cissé, sont clairement des hommes politiques compétents, qui ont par le passé exercé des hautes responsabilités dans leur pays. Le premier a été Premier ministre et il passe pour un homme à poigne. Le second a plus un profil d'économiste, libéral, qui se présente comme capable de redresser l'économie. Leur problème à tous les deux, c'est qu'ils sont coresponsables de la situation actuelle du Mali, résultat de 20 ans de mauvaise gouvernance à laquelle ils ont participé. La question est donc : comment faire un Mali nouveau avec de vieux renards ?

Quels seront les principaux défis du président élu ?
Le premier, de loin le plus gros, sera la réconciliation avec le Nord. Les accords de Ouagadougou prévoient soixante jours à partir de l'élection pour arriver à un accord de paix. On n'a aucune chance d'y arriver : le MNLA (groupement de rebelles touareg, ndlr) ne cessera pas sa politique de double jeu. Il a été obligé d'accepter que l'élection se tienne à Kidal, mais il n'hésitera pas ensuite à pointer les irrégularités du scrutin pour dénoncer l'illégitimité du président. Il y a aura aussi l'économie bien sûr, qu'il faut relancer.

Ces conditions que vous décrivez sont-elle susceptibles d'aboutir à une grave contestation des résultats du scrutin ?
Tout va dépendre de l'écart qui séparera les finalistes au second tour. Si le gagnant est largement élu, ça se passera bien. Mais si l'écart est faible, comment réagira le perdant ? Il pourrait dénoncer une élection imposée par la France, comme l'a fait Tiébilé Dramé en retirant sa candidature, qui a dit que Laurent Fabius était le réel responsable des élections au Mali. Objectivement, c'est vrai. Et si c'est IBK qui est élu dans ces conditions, lui qui appartient à l'Internationale socialiste et qui passe pour le candidat officiel de la France, on dira que c'est Paris qui l'a mis là. En cas de résultats serrés, on va droit vers une contestation massive du résultat.