Le climat est de plus en plus houleux en Algérie. A dix jours de l'élection présidentielle du 17 avril, l'opposition entre pro et anti Bouteflika se durcit. "Les incidents se multiplient dans les meetings", notait ainsi lundi le quotidien algérien El Watan, accusant le président de "diviser les Algériens". Malgré le ras-le-bol d'une partie de la population après 15 ans passés sous le régime d'Abdelaziz Bouteflika, l'homme a annoncé sa candidature le 22 février pour un quatrième mandat. En proie a des problèmes de santé après une hospitalisation pour un AVC en 2013, le septuagénaire ne s'est pourtant pas exprimé en public depuis près de deux ans. Un silence qui exacerbe les tensions.

Et si les Algériens ont pu le voir jeudi à la télévision recevant le secrétaire d'Etat américain John Kerry, cette apparition d'un homme chancelant et inaudible n'a pas calmé les esprits ni convaincu. Un peu partout sur le territoire, des opposants ont troublé les meetings organisés par le parti au pouvoir, le Front de libération nationale. Abdelmalek Sellal, Premier ministre et directeur de campagne, a ainsi dû annuler samedi un rassemblement à Béjaïa, deuxième ville de Kabylie, en raison de violences ayant fait quelques blessés. Mêmes troubles à Tizi Ouzou, première ville de la région, où un important dispositif policier a été déployé lors d'un autre meeting et où plusieurs personnes ont été interpellées. Des débordements ont aussi eu lieu à Marseille, lors d'une réunion politique organisée par la majorité.

Bouteflika "va parler"

La fronde anti Bouteflika n'a cessé de s'intensifier depuis l'annonce de sa candidature, menée notamment par le mouvement Barakat qui a organisé plusieurs manifestations. Une initiative qui n'a pas rameuté les foules, jusqu'à l'éclatement de violences depuis une semaine. Lundi, le mouvement a accusé le pouvoir de "pousser au pourrissement" : "Nous condamnons toute violence d'où qu'elle vienne et nous tenons pour seul responsable le pouvoir en place", a accusé Barakat dans un communiqué.

La lutte s'est également organisée sur les réseaux sociaux, où des opposants ont mis en ligne la semaine dernière une parodie de la chanson de Stromae "Papaoutai", intitulée "Outai Boutef outai" (voir ci-dessous). On peut y entendre des paroles raillant le silence assourdissant du Président : "Où es-tu Boutef ? Sans même pouvoir parler, tu veux encore être le chef". Dans ce climat délétère, le camp du Président est conscient que le dispositif mis en place - sept représentants font campagne en son nom à travers le pays - n'est pas tenable. Du moins pas sans une intervention publique de leur leader. "Il va parler, bien sûr", a ainsi annoncé dimanche dans metronews Amara Benyounès, ministre du Développement industriel. Les Algériens sont tout ouïe.