Alger a-t-il failli ? L'assaut lancé jeudi par les forces algériennes contre les djihadistes qui tenaient en otage des centaines de personnes sur le site gazier de Tigantourine s'est fini en bain de sang. Le passage en force des autorités algériennes, dont on ignore encore le bilan, s'est attiré les foudres de la communauté internationale, de Londres à Tokyo.

La Maison Blanche a ainsi réclamé "des éclaircissements de la part du gouvernement algérien", tandis que le Premier ministre britannique, David Cameron, a confié qu'il aurait souhaité être prévenu avant l'assaut et s'est dit lui aussi "extrêmement inquiet". Le Japon, très critique sur l'option choisie par Alger, a notamment convoqué l'ambassadeur algérien à Tokyo pour le lui signifier.

Paris ménage son allié

Paris en revanche, se refuse à toute critique. Après avoir reçu "toute la confiance " de François Hollande, l'Algérie s'est vue confortée dimanche par Laurent Fabius. "Face au terrorisme, il faut être implacable", a affirmé le ministre des Affaires étrangères, qui s'est dit "heurté" des critiques formulées contre les autorités algériennes.

Depuis le début de l'assaut, Paris a choisi de ménager Alger. Et pour cause. Il est un allié indispensable pour mener à bien l'opération française au Mali. Critique sur l'opération Serval, l'Algérie n'en a pas moins donné son feu vert pour que les avions tricolores survolent son espace aérien et pour fermer sa frontière avec le Mali.

Une entente indispensable avec Alger

La realpolitik prend donc le pas sur la polémique. Ce weekend, Londres et Washington l'ont compris. Car après leurs réserves sur la méthode musclée avec laquelle a été gérée la prise d’otages, les deux pays sont revenus à des attitudes plus mesurées, et semblent d'accord pour désigner la menace terroriste comme l'ennemi. Et non Alger. Samedi soir, Barack Obama a ainsi jugé que seuls les "terroristes" étaient responsables de la mort des otages.

Revenant dimanche sur " la réponse des Algériens à ces évènements", David Cameron a également baissé d'un ton, en soulignant qu'"il était extrêmement difficile" pour Alger "d'y répondre et d'être bon sur toute la ligne". De cet incident diplomatique, il y voit même l'occasion d'en tirer une leçon : "renforcer les relations diplomatiques" avec l'Algérie.

En plaçant ainsi Alger du côté de ses alliés, l'Occident fait un choix stratégique. Placé au cœur du jeu diplomatique, l'Algérie n'a en effet d'autre choix que de prendre à bras le corps le problème du terrorisme dans le Sahara et dans le Sahel. L'ancien Premier ministre de l’Algérie, Sid Ahmed Ghozali, a tiré la même conclusion et estime ainsi qu'après ce drame, son pays ne "peut plus accepter de rester une base arrière pour Aqmi".