Ce type de révélation sur l'univers carcéral est très rare ?
En effet, il est étonnant que l'Inspection des services pénitentiaires (ISP) se bouge. Le fait de rendre public une vraie enquête est un progrès. Habituellement ce genre de révélation ne sort pas. Dans l'administration pénitentiaire, on préfère laver son linge sale en famille. Au cours des dernières années, il y a très peu de rapports qui mettent en cause la direction des établissements.

Pourquoi cela ne sort que maintenant alors qu'il semble que c'est un fait connu ?
Les nombreuses actions sur la situation des prisons et l'intérêt des médias rendent ces rapports plus révélateurs de la réalité des prisons. Et puis à l'ISP, ce sont des anciens directeurs de prison qui sont en fonction. Ils ont donc une tendance à être indulgent par rapport aux fraudes constatées. Cela ne veut pas dire que tout le monde est pourri mais dans cette administration on a l'habitude de régler ces choses-là discrètement. Et puis pour les détenus qui veulent dénoncer ces agissements, il faut des preuves ou des gens qui veulent témoigner et ça, c'est très rare. Face aux pressions et violences, les détenus n'ont pas d'arme.

"Ce système se maintient parce que vous ne voulez pas aller au 'mitard'"

Ce n'est donc pas un cas isolé ?
Disons que ça ne se passe pas partout de la même manière mais l'administration d'une prison dispose de moyens de représailles très persuasifs, à l'image du déclassement dans le travail. Les détenus ont besoin d'argent pour acheter ce dont ils ont besoin donc on leur donne une tâche à l'intérieur de la prison. Moins ils ont de travail, moins ils ont d'argent. Il y a d'autres moyens, comme vous mettre quelqu'un dans votre cellule de 9m2 avec qui la cohabitation va être difficile ; ou ne pas vous prévenir lorsque quelqu'un est au parloir et vous attend. Si vous ne respectez ce qu'on vous impose, vous aurez le droit à un mauvais rapport qui influera sur une éventuelle remise de peine.

La surpopulation entretient-elle cette logique ?
Ce système se maintient parce que vous ne voulez pas perdre le peu de confort, parce que vous ne voulez pas aller au "mitard" (cellule du quartier disciplinaire). Imaginez que vous êtes enfermés dans une cellule de 9m2 et que vous sortez deux fois par jour. Lorsque vous n'êtes pas seul, votre vie est différente. Toutes les petites choses de votre vie n'existent plus. Tous ces détails fabriquent de l'agressivité entre les détenus eux-mêmes et avec les surveillants. Ils sont aussi utilisés comme des moyens de pressions.

Outre ce problème, existe-t-il d'autres solutions pour éviter cette violence ?
Attention, tous les surveillants pénitentiaires ne sont pas des bourreaux. Mais quand l'encadrement de la prison est défaillant, ce genre de dérive arrive, notamment parce que les prisonniers ne se révoltent pas ou parce qu'ils sont en position de faiblesse, au vu des conditions. Le contrôle général des lieux de privation fait aujourd'hui un bon travail pour que cela cesse. Il constate des situations, entend chaque acteur (prisonnier ou surveillant), tout en protégeant leur anonymat. Elle n'a aucunement le pouvoir de déclencher des procédures et c'est tant mieux sinon cela casserait son objectivité. Et puis on verra pour la suite mais les annonces de Christiane Taubira sur la liberté conditionnelle ou l'aménagement des peines vont dans le bon sens. On verra en septembre quand la loi sera votée.