Le scandale de la torture dans les prisons militaires américaines refait surface. C'est, cette fois, à travers un rapport sur la participation de médecins à ces pratiques que la polémique est relancée. L'étude indépendante, réalisée durant deux ans par vingt experts juridiques, médecins et militaires, révèle que "le ministère de la Défense et la CIA ont exigé de façon abusive de (leurs) professionnels de santé qu'ils collaborent à des opérations d'extorsion d'informations et de sécurité de telle manière qu'ils ont infligé des souffrances graves aux détenus". Une collaboration qui a consisté à la "conception, la participation et l'application de tortures et de traitements cruels, inhumains et dégradants" sur des prisonniers détenus depuis 2001 dans des prisons américaines en Afghanistan, à Guantanamo ou dans les sites secrets de la CIA.

Violences, simulations de noyade, alimentation forcée des grévistes de la faim à Guantanamo... Les auteurs du rapport pointent l'implication de professionnels de la santé dans ces activités au mépris de leurs obligations éthiques. "Au nom de la sécurité nationale, les militaires ont détourné le serment (d'Hippocrate) et les médecins ont été transformés en agents du renseignement", a fustigé le Dr Gerald Thomson, professeur de médecine à l'université Columbia, coauteur du rapport.

Des conclusions "absurdes" et "erronées"

Une étude rejetée par les administrations mises en cause, dont les conclusions ont été qualifiées par le Pentagone d'"absurdes", tandis que la CIA les a jugées "erronées". Cette dernière estime en effet que le rapport "contient des inexactitudes graves et des conclusions erronées". Et l'agence de renseignement extérieur américaine de rappeler, par la voix de son directeur de la communication, Dean Boyd, que "la CIA n'a plus de prisonnier en détention et que le président Obama a mis fin au programme de détention et d'interrogatoire par décret en 2009".

L'étude sur l'implication de médecins dans les pratiques de torture intervient quelques mois seulement après un autre rapport, remis en avril par l’association Constitution Project, réunissant notamment d'anciens élus républicains et démocrates, qui dénoncent les pratiques toujours en cours à Guantanamo. La prison américaine, dans laquelle ont été transférés de nombreuses personnes soupçonnées de terrorisme après l'attaque du 11 septembre 2001, a été le théâtre, ces derniers mois, d'une grève de la faim sans précédent lancée par plusieurs détenus toujours incarcérés dans la prison, malgré la promesse faite en 2009 par Barack Obama de fermer l'établissement.