Un an et demi après le naufrage meurtrier du Concordia, le procès du capitaine du navire de croisière, Francesco Schettino, s'est ouvert ce mercredi à Grosseto, en Toscane. Entamé la semaine dernière, ce procès fleuve attendu par les victimes avait dû être interrompu dès son ouverture en raison d'une grève des avocats. Plus de 400 témoins et 250 parties civiles devraient être cités au cours des audiences prévues pour s'étaler sur plusieurs mois.

Une nouvelle fois, les avocats du commandant Schettino ont demandé ce mercredi au tribunal un accord à l'amiable pour leur client. En mai dernier, une demande similaire de la Défense avait essuyé un refus. Cette nouvelle proposition porte sur une peine de trois ans et cinq mois de prison, en échange d'une reconnaissance partielle de culpabilité de Francesco Schettino dans la catastrophe, a indiqué l'un de ses avocats. Si le parquet s'est déjà prononcé contre un tel accord, il revient au tribunal de décider s'il accepte la demande de celui considéré comme étant le principal responsable de la catastrophe. Aucun délai ne lui est imposé pour rendre sa décision.

Les noms des victimes énumérés

Jugé normalement aux côtés de cinq autres accusés – le directeur de l'unité de crise du Costa, Roberto Ferrarini, le timonier indonésien Jacob Rusli Bin et trois autres membres d'équipage -, le commandant Schettino pourrait se retrouver seul sur le banc des accusés. Ses coaccusés ayant, pour leur part, obtenu le feu vert du Parquet pour négocier leur peine avec le tribunal.

Lors de cette première véritable journée de procès, les noms des 32 personnes qui ont perdu la vie ont été énumérés. Pour chacune d'elle, le greffier a décrit comment elles ont succombé dans la nuit du 13 janvier 2012, à quelques dizaines de mètres de l'île du Giglio, où l'épave du Costa Concordia gît toujours à moitié émergée.

Une "mascarade de justice"

Poursuivi pour homicides multiples par imprudence, abandon de navire et dommages causés à l'environnement, le commandant Schettino a également écouté les griefs retenus à son encontre : ne pas avoir respecté l'itinéraire prévu, ne pas être venu à temps au poste de commandement pour diriger la manoeuvre, avoir invité sur le pont des personnes qui n'avaient rien à y faire ou avoir abandonné le navire sans privilégier la sécurité des passagers.

"Nous sommes ici aujourd'hui pour obtenir justice pour les victimes et notamment pour ceux qui devront vivre toute leur vie avec un sentiment d'angoisse", a déclaré à l'AFP peu avant l'ouverture de l'audience Francesco Di Ciollo, avocat de deux des victimes italiennes.

Si l'ouverture de ce procès était attendue, des représentants de victimes, avocats ou membre d'associations, ont déploré l'absence de la compagnie Costa Crociere au procès. Cette dernière a en effet échappé à un procès pénal, suite à la négociation d'une procédure qui a abouti à la reconnaissance de la responsabilité administrative de la société et le versement d'une amende d'un million d'euros. L’avocat de l'une des principales associations de victimes, le Collectif des naufragés français du Concordia, a ainsi dénoncé à metronews une "mascarade de justice".