Coup de théâtre lundi dans le procès du docteur Muller. L'homme, accusé d'avoir déguisé le meurtre de sa femme en suicide, il y a quatorze ans, aurait pris une douche avant d'accueillir les enquêteurs le soir du drame. A-t-il voulu laver les traces de sang ? Toujours est-il que cette révélation détonante de l'ancien directeur d'enquête n'avait jusqu'ici jamais été portée au dossier.

Jean-Louis Muller a pourtant déjà été condamné par deux fois à 20 ans de réclusion criminelle. La Cour de cassation avait ordonné un troisième procès à Nancy. C'est en préparant le dossier, en vue de son audition à la barre, que le commandant Patrick Géant, aujourd'hui à la retraite, a recueilli vendredi les surprenantes confidences de deux gendarmes. Le 8 novembre 1999, ils avaient été appelés sur les lieux du drame au domicile familial des Muller à Ingwiller (Bas-Rhin).

"Le médecin venait de prendre une douche"

"Ils m'ont dit : 'Quand M. Muller nous a ouvert, il avait les cheveux mouillés. Pour moi, il venait de prendre une douche. Il avait encore des traces d'humidité sur les vêtements'", a raconté le directeur d'enquête. Etrangement, les procès-verbaux ne font nullement état de ces souvenirs. La Cour d'assises de Nancy a ordonné l'audition des deux témoins-surprises et de leur supérieur mardi. A bout, l'accusé est sorti de ses gonds : "Ca commence à bien faire ! Deux gendarmes racontent n'importe quoi quinze après alors que moi depuis tout ce temps je demande une reconstitution et on me la refuse ! On me chie dessus ! Y'en a marre !"

Son avocat Me Dupond-Moretti a réclamé un supplément d'information sur la façon dont ces éléments sont miraculeusement apparus : "Quand les gendarmes sont arrivés, il y avait les pompiers, un autre médecin, la mère et la soeur de M. Muller... Pourquoi ces éléments n'ont-ils jamais été portés à la connaissance de la Justice?" La séance a été suspendue sur ce fracassant rebondissement. Affaire à suivre...