Elle parle d’elle au présent, comme si elle ne l’avait jamais quittée. « Je ne m’en suis pas rendu compte, confie Elisabeth Fouquet à la sortie du Palais de justice. Il fallait faire vivre Aurélie. On s’est mis à nu, c’était notre moment à nous». Depuis trois semaines, la famille d’Aurélie Fouquet, assise sur le banc des parties civiles, revit en silence ce 20 mai 2010 où tout a basculé : la fusillade, le décès, la scène de crime, les expertises. Alors, jeudi matin, lorsque la cour d’assises de Paris lui a donné la parole, elle a voulu rappeler avec justesse qu’Aurélie Fouquet n’était pas « seulement la policière municipale tuée ».

Sa sœur Sandra, sa mère Elisabeth, et son compagnon Steven ont dessiné avec leurs mots le visage resplendissant et plein de vie d'une jeune femme « aux grands yeux clairs », «aimante », «attentionnée » et « généreuse ». Des photos d'elle sont projetées à la cour. Aurélie Fouquet avait 26 ans et la vie devant elle. Mais des « méchants » en ont décidé autrement. « Je n’ai plus de maman, je n’ai pas pu la connaître, vous êtes méchants et vous êtes bêtes car vous avez tiré sur elle sans savoir qui elle était. ». Steven Macé replie la lettre que son fils Alexis, 7 ans, a écrite avec « ses mots d’enfant ». Les huit accusés présents regardent le sol. « Ils ont tout gâché, tout détruit. », souffle Sandra dans un sanglot de souffrance.

"Comme si la guerre était passée par là"

D'une voix douce, Elisabeth Fouquet rembobine le fil de la vie de sa fille dans cette famille soudée, presque fusionnelle. « En 2008, elle nous annonce qu’elle attend un bébé, elle accomplit le rêve de fonder une famille (…) Nous avons accueilli Alexis, un cadeau de la vie », se souvient-elle. La dame à la cinquantaine élégante s’interrompt un instant. Pleure en silence, s’excuse, avant de reprendre. « C’était un grand moment. Aurélie, c’est une maman qui protège son petit, elle construit comme une muraille autour de lui. Elle ne veut pas de nounou alors on va mettre en place une garde familiale». La veille du drame, elle s’en souvient avec force détails parce qu’Aurélie avait l'air patraque. Elle s’est dit qu’il fallait qu’elle l’appelle dès le lendemain matin.

«On s’appelle 3 à 4 fois par jour, c’est notre relation. J’arrive au bureau, je n’arrive pas à la joindre. Mon mari m’appelle ‘Aurélie est blessée par balles’. C’est ma chair, je répète ‘ma fille est blessée par balles’ (…) Un ami nous emmène à l’hôpital, on n’en est pas capables. On tombe dans des embouteillages monstres. Je ne comprends pas. On voit des journalistes affairés à l’hôpital. Sur le parvis, j’aperçois Steven, il a l’air grave, il détourne le regard. Je suis tétanisée. Une équipe médicale veut nous prendre en charge, j’ai peur de les suivre. On nous explique qu’elle a de graves blessures aux mains et à la tête. Je leur demande quel est le pourcentage de sauver ma fille ? ». Elle refuse d'entendre la réponse. « Je fais un déni, je me dis qu’Aurélie est un petit soldat, qu’elle ne peut pas laisser son petit. Et puis l’après-midi, on nous a autorisés à la voir, je lui ai parlé, je l’ai embrassé. Sa sœur est arrivée, son cœur… C’est terminé. (…) Après, tout est dévasté. Comme si la guerre était passée par là». Elle livre son témoignage d’un trait dans une salle secouée par sa douleur.

Basculement 

Dans le box des accusés, Jean-Claude Bisel ne peut retenir ses larmes. Il attend qu’Elisabeth Fouquet regagne sa place, se lève et demande à prendre la parole. Dans ce procès où le silence fait loi, il veut parler. Maintenant. « J’ai un peu de mal. Je suis sans mot devant la dignité de Mme Fouquet », balbutie le petit homme au visage fermé et aux cheveux noirs. L’allure du doyen des accusés contraste avec le reste de la bande. « Je pense que j’étais en présence du tireur ou d’un des tireurs. Je tenais à le dire », lâche-t-il. L’omerta se fissure. L’ancien entraîneur de foot de Redoine Faïd et compagnon de route de quelques-uns de ses braquages n’est pas poursuivi pour le meurtre d’Aurélie Fouquet mais pour soustraction d’un criminel à l’arrestation. La nuit suivant le drame, il aurait veillé sur un des membres blessés du commando impliqué dans la fusillade mortelle plutôt que d'alerter la police.

« On est venu me chercher pour garder le fameux blessé » caché dans une camionnette, raconte-t-il. Un certain « Tony ou Anthony », qu’il dit ne pas connaître. «ça a merdé, j’ai tiré sur les condés » aurait dit « Tony ». C’est le surnom d'Olivier Tracoulat. Jean-Claude Bisel charge le seul accusé absent du procès. La rumeur le dit mort. Olivier Tracoulat aurait été blessé par les tirs de Thierry Moreau, le coéquipier d'Aurélie Fouquet. Le mandat d'arrêt lancé contre lui n'a en tout cas permis de retrouver ni sa trace, ni son corps. Le président ne relance pas. L’audience est suspendue. Les proches d'Aurélie Fouquet se rassemblent avant de s'étreindre en larmes. Elisabeth Fouquet croit en la « sincérité » de Jean-Claude Bisel. « J’espère que c’est un début de réponse », glisse la mère courage qui depuis six ans n'attend qu’une chose : le nom de ceux qui lui ont enlevé sa fille. 

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