Surnommé "acquittator", le ténor du barreau de Lille Eric Dupond-Moretti a une nouvelle fois fait démonstration de l'étendue de son talent. Son client, Jean-Louis Muller, a été acquitté ce jeudi par la Cour d'assises de Meurthe-et-Moselle. L'affaire était pourtant loin d'être acquise, l'ancien médecin ayant déjà été condamné par deux fois à 20 ans de prison.

Mais l'avocat aux 120 acquittements – il aurait arrêté de compter - a l'habitude de décortiquer les dossiers compliqués pour en déceler les contradictions, les légèretés et les raccourcis des enquêteurs ou des experts. Il a en fait son point fort pour instiller le doute qui doit profiter à l'accusé chez les jurés et emporter leur intime conviction. "La psychologie, la psychiatrie sont des arts avant d'être des sciences et quand on se souvient du nombre incroyable de dérapages ces dix dernières années... Ils éclairent parfois merveilleusement la justice et parfois, c'est absolument catastrophique.", expliquait-il dans les colonnes de metronews.

"Je terrorise les cons"

"On dit que je terrorise les juges, c'est faux. Je terrorise les cons", aime à répéter le pénaliste. Au fil de sa carrière, Me Dupond-Moretti a ainsi constitué un dossier à charge contre la justice : Outreau, qui l'a fait connaître au grand public, Loïc Sécher, accusé de viols puis innocenté après la révision de son procès... Provocateur, insolent, ce fils d'un métallurgiste - décédé quand il était enfant - et d'une femme de ménage est décrit par ses confrères comme un "sensible" et "écorché vif". En pleine audience, ses colères font mouche. Il dénonce un réquisitoire en forme de "ratatouille", un procès devenu un "concours Lépine de l'hypothèse", ou encore une procédure ayant tourné au "fiasco" sous la "dictature de l'émotion". Il s'est marié à une jurée rencontrée à Lille, a refusé la Légion d'honneur, et s'essaye depuis peu au cinéma.

Longtemps défenseur des anonymes, l'avocat a succombé à la tentation d'un cabinet secondaire à Paris et s'occupe aujourd'hui de dossiers aux noms prestigieux : Jérôme Kerviel, Henri Guaino, Bernard Tapie... Ce qui lui a valu une rétrogradation retentissante dans le "classement annuel des avocats les plus puissants de France" établi en octobre par le magazine GQ, passant dans le Top 30 des robes noires, de la première à la cinquième place.