Alexeï Navalny dénonce un procès monté de toutes toutes pièces. Mais sa condamnation n'a rien de fictive. L'ennemi numéro un de Vladimir Poutine a été reconnu coupable jeudi matin des détournements de fonds dont on l'accuse. Celui que la presse surnomme le "Mandela russe" a écopé de "cinq ans de camp" (le parquet en avait requis six). Il a immédiatement été menotté dans la salle du tribunal de Kirov, à 900 kilomètres au nord-est de Moscou.

"Vengeance politique"

Acte d'accusation à charge, griefs fantaisistes... Alexei Navalny, propulsé sur le devant de la scène politique russe fin 2011, lorsqu'il avait mené le mouvement de contestation contre les fraudes aux législatives, dénonce une affaire cousue de fil blanc et une "vengeance politique". Cet avocat de 37 ans s'est vu reprocher par l'influent Comité d'enquête, l'équivalent du FBI, d'avoir organisé le détournement de 16 millions de roubles (494 400 dollars) dans une exploitation forestière publique, alors qu'il était conseiller du gouverneur de la région.

Un comité de soutien très actif s'est monté pour l'épauler. Jeudi, plusieurs opposants dont Boris Nemtsov, l'ex-vice-Premier ministre de Boris Eltsine, et la journaliste et militante pour les droits des prisonniers Olga Romanova étaient présents dans la salle du tribunal. L'ex-magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné par le régime de Vladimir Poutine, lui a également apporté son soutien dans une récente tribune.

L'UE "préoccupée"


Ce jugement intervient au lendemain même de l'acceptation officielle de la candidature du célèbre blogueur à la mairie de Moscou. Alexeï Navalny, également candidat déclaré à la présidentielle de 2018, doit en effet représenter la formation libérale russe RPR-Parnas lors du scrutin organisé le 8 septembre prochain dans la capitale russe. Mais il ne sera plus éligible à partir du moment où sa peine aura été confirmée en appel.

Les Etats-Unis, par la voix de l'ambassadeur américain à Moscou, se sont dits jeudi "profondément déçus", regrettant "la motivation apparemment politique" du procès. L'Union européenne a de son côté exprimé sa "préoccupation", estimant que cette condamnation soulevait "de sérieuses questions" sur l'état de droit en Russie.