Gémissements suggestifs, propositions graveleuses, commentaires vulgaires… Deux gendarmes gradés de Joigny (Yonne) comparaissent ce mardi 2 février devant le tribunal correctionnel de Paris pour "harcèlement sexuel". Ils sont soupçonnés d’avoir fait vivre un véritable cauchemar à l’une de leurs subordonnées pendant plus d’un an, entre octobre 2012 et novembre 2013. La jeune gendarme, originaire de La Réunion, n’est parvenue à faire cesser cette situation intimidante qu’après avoir déposé plainte et s’être tournée vers l’association de défense des droits des militaires. Ses deux supérieurs, un maréchal des logis chef et un adjudant, ont été suspendus à la suite d’une enquête de l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

"Je te niquerais bien"

Aux enquêteurs, la victime a raconté avoir été harcelée sexuellement. Dans le huis clos de la brigade de Joigny, ces deux gendarmes auraient tenu des propos humiliants, auxquels metronews a eu accès : "Je t’ai entendu baiser avec ton copain ; il faut que tu me montres (...). Les Réunionnaises sont chaudes du cul, elles sont bonnes, elles aiment le cul", aurait ainsi dit l’adjudant. Ce dernier lui aurait par ailleurs proposé pendant une patrouille "un plan à trois" ainsi qu'une fellation tout en gémissant de "manière suggestive".

L’autre gendarme, maréchal des logis chef, est soupçonné d’avoir embrassé de force la victime sur la bouche. Les propos qu’il aurait tenus sont d’une crudité effarante : "Je te niquerais bien, quand est-ce qu’on baise ? Je vois bien tes dents autour de ma bite […]. J’aimerais [...]  te mordiller les tétons". Marie*, 26 ans, a aussi raconté au juge qu’il avait exhibé son bâton télescopique, avant de la prévenir : "Tu vas voir, je vais te l’enfoncer dans la chatte". Il est aussi poursuivi pour avoir pointé son arme de service sur la victime.

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Hiérarchie "complaisante" ?

L’enquête a établi que des témoins et des collègues de la victime avaient corroboré une partie des propos rapportés par Marie. "C’est très difficile pour elle d’en parler. Elle a été mutée ailleurs et craint beaucoup pour son avenir dans la gendarmerie", explique auprès de metronews son avocate, Elodie Maumont. Selon elle, la hiérarchie a "fermé les yeux sur la situation". Pire, elle a été "complaisante". "Ma cliente a même reçu des pressions il y a quelques jours de la part d’un officier qui l’a interrogée dans le cadre de la procédure administrative", assure-t-elle.

Si les deux gendarmes reconnaissent des "plaisanteries", voire des "blagues salaces", ils contestent le caractère de "harcèlement sexuel". Sollicité par nos soins, l’avocat d’un des mis en cause n’a pas voulu commenter l’affaire avant le procès. Marie, qui entend poursuivre une carrière au sein de la gendarmerie, a pour sa part décidé de réserver "l’exclusivité de ses propos" au tribunal.

*Le prénom a été modifié