Imposer l'égalité hommes-femmes et lutter contre les stéréotypes, rien de plus louable. A condition que cela s'applique à tout le monde. Voilà, en substance, le coup de gueule des écoles de journalisme, qui dénoncent dans un communiqué commun ce 27 janvier un article contenu dans le projet de loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes, qui sera voté mardi en première lecture à l'Assemblée. L'article 16 bis impose en effet à ces écoles d'inclure dans leur formation un enseignement sur légalité entre les sexes. Premier couac : voilà que "l'Assemblée nationale prétend dicter le contenu des enseignements de (nos) formations". "Inédit dans une démocratie", déplore le communiqué.

Mais le "vrai" problème, c'est que seules les écoles de journalisme sont visées par une telle mesure. "Aucune autre formation qui pourrait être concernée par ces questions (écoles de commerce, diplômes de ressources humaines, formations audio-visuelles, à la publicité, etc) ne fait l'objet d'une telle injonction", souligne dans son communiqué la Conférence des écoles de journalisme. "L'idée globale de lutter contre les stéréotypes est bonne, mais là c'est clairement notre profession qui est stigmatisée, on ne comprend pas", abonde pour metronews son président, Hervé Demailly.

Un texte qui met "l'accent sur les médias"

Pour obtenir des explications, nous avons contacté le rapporteur de la loi, le député PS Sébastien Denaja. Et celui-ci assume pleinement ce choix. Oui, "les objectifs du texte donnent un rôle plus particulier aux médias", affirme l'élu, qui assure même avoir "rejeté les amendements qui voulaient instaurer ce genre de formations dans les autres disciplines, comme l'architecture et les métiers du sport".

Mais pourquoi seules les écoles de journalisme sont-elles visées ? "Cela reste cohérent avec le texte de loi", argumente l'élu, qui met selon lui "l'accent sur les médias". Le projet de loi couvre pourtant de nombreux domaines, comme la parité en entreprise, à l'école, dans le sport, les partis politiques, ou encore dans la famille avec la réforme du congé parental... Mais le député insiste : "les médias, c'est un pouvoir, et quand on voit le nombre d'heures que les Français passent devant la télévision, il faut engager une réflexion". Il cite en exemple "les experts invités sur les plateaux de télévision qui sont à 70% des hommes" ou "ce sont souvent les femmes qui couvrent les sujets de société et les hommes qui couvrent les grands conflits armés dans les rédactions".

Quid de l'Ecole nationale d'administration (ENA), qui forme la plupart de nos élus, ou dans les services de ressources humaines, le marketing et la publicité ? L'élu botte en touche, assurant que les discussions autour du texte vont se poursuivre au Parlement. Contacté par metronews, l'entourage de la ministre en charge du projet de loi, Najat Vallaud-Belkacem, nous assure que celle-ci écoute avec attention ces interrogations et veillera à un débat ouvert sur la question.