La vive polémique suscitée par le manifeste des 343 "salauds" incite à présent certains des signataires à faire marche arrière. Ainsi l'humoriste Nicolas Bedos, un des premiers à apposer son nom en bas de ce manifeste intitulée "Touche pas à ma pute", publiée dans le magazine Causeur, et qui vise à s'opposer à la pénalisation des clients des prostitués, a affirmé "regretter" de s'être associé à l'initiative.

Le chroniqueur s'est également dit "embarrassé par le voisinage" d'autres signataires qui "ne sont pas tous mes camarades de lutte". Parmi ces signataires à la réputation sulfureuse, on trouve ainsi Eric Zemmour, le fameux chroniqueur du Figaro, le polémiste Ivan Rioufol, auteur de l'essai "de l'urgence d'être réactionnaire" ou encore Basile de Koch, mari de Frigide Barjot, égérie de la Manif pour tous.

Nicolas Bedos reconnaît enfin que la comparaison avec les 343 salopes* est "indécente" et "un peu inconséquente" même si pour lui "vouloir abolir la prostitution c'est aussi con que de vouloir abolir la pluie"."Ce n'est pas parce que l'on combat les dérives de cet univers souvent crapuleux (...) que l'on doit pour autant remettre en question un phénomène qui a pu adoucir la misère sexuelle d'individus", a-t-il ajouté.

"Une pétition pour la liberté"

Dans ce manifeste, les signataires affirment : "Certains d'entre nous sont allés, vont, ou iront aux 'putes' - et n'en n'ont même pas honte." Ils considèrent que "chacun a le droit de vendre librement ses charmes" et disent que "sous aucun prétexte" ils ne se passeraient "du consentement de (leurs) partenaires". "Ce n'est pas une pétition pour la prostitution mais pour la liberté", résume ainsi Basile de Koch.

"Les 343 salopes réclamaient en leur temps de pouvoir disposer librement de leur corps. Les 343 salauds réclament le droit de disposer du corps des autres. Je crois que cela n'appelle aucun autre commentaire", a réagi mercredi la ministre des Droits des Femmes Najat Vallaud-Belkacem. La présidente de l'association Osez le Féminisme, Anne-Cécile Mailfert, dénonce, elle, "343 mâles dominants qui veulent défendre leur position et continuer de disposer du corps des femmes par l'argent". Enfin l'association SOS Racisme s'est émue du "détournement désolant" de son slogan "Touche pas à mon pote".

*Le Nouvel Observateur publiait en 1971 un manifeste signé par 343 femmes qui proclamaient "J'ai avorté" quand l'IVG était encore passible de poursuites.