Stéphanie, en manteau de fourrure et talons aiguille, discute avec Nadine*, brunette qui affiche son très généreux décolleté malgré la fraîcheur matinale. Cela fait plusieurs années que ces deux "indépendantes" travaillent dans le quartier de la rue Saint-Denis, lieu historique de la prostitution à Paris.

La possible pénalisation des clients les met en colère. "C'est les vieilles prostituées que nous sommes qui allons en pâtir, pas les réseaux qui exploitent les Black et les Chinoises, qui n'ont qu'à montrer leur carte de réfugiées politiques pour que les flics les relâchent", tempête Stéphanie, dont plusieurs clients lui ont déjà dit qu'ils ne viendraient plus la voir si une loi en ce sens passait.

Nadine prédit que si les clients, "à 99% des hommes mariés", ne viennent plus, "il y aura de plus en plus de viols et de divorces". Quant à passer sur le net, non merci. "Ce que les filles y font, c'est pas de la prostitution, c'est de la saloperie. Elles acceptent tout, elles embrassent..." Pour Stéphanie, qui admet ne pas faire ce métier par plaisir même si elle y consent "librement", la prostitution de rue est une sécurité. "J'ai le temps de jauger le client en le voyant approcher, explique-t-elle. J'en refuse des tas car je ne les sens pas. Par Internet, ce ne serait pas possible."

Dans une rue non loin de là, un sexagénaire explique qu'il continuera à venir tenter sa chance même s'il doit être amendé pour cela car il voit "mal les flics débarquer à chaque fois". La quarantaine joufflue, un autre client estime qu'aller voir les prostituées "est un droit" dont il compte bien continuer à user. Ce qu'il craint le plus, c'est une hausse du prix de la passe.

*Les prénoms ont été modifiés

Suivez-nous sur Facebook et Twitter