Patrice n'en revient toujours pas. Au début du mois, ce gérant d'un bar-tabac de l'ouest de la banlieue parisienne s'est cru dans un "mauvais film". Alors qu'il allait clore sa journée de travail, trois personnes font irruption dans son commerce. "L'un deux à sorti un pistolet et m'a menacé en me demandant la caisse. Je n'ai pas réfléchi, j'ai donné la recette, environ 750 euros."

Mais deux jours plus tard, les trois suspects sont interpellés. "Au commissariat, on m'a dit qu'ils avaient un pistolet factice. Je suis resté sans voix. Mais, même si je l'avais su, qu'aurais-je pu faire d'autre ?" L épisode vécu par ce quinquagénaire n'est pourtant pas un cas isolé. Selon la mission parlementaire d'information sur les armes, au moins la moitié des 3500 petits braquages perpétrés l'an passé ont été réalisé au moyen d'armes factices.

Une évolution déjà pointée au mois de décembre dernier dans une note interne de la sous-direction des informations générales (SDIG, ex-renseignements généraux), qui soulignait que "l'apparition de répliques très réalistes, au coût relativement faible (…) est de nature à tromper même les policiers les plus chevronnés".

Dans une armurerie du centre de la capitale, le constat se vérifie. En tête des ventes, la réplique du Sig Sauer, pistolet semi-automatique de fonction des policiers et gendarmes hexagonaux. Chargé de balles de 9 mm, l'original pèse 980 grammes pour 19 centimètres. Sa copie, entièrement métallisée, affiche un poids de 880 grammes pour 18 centimètres, et tire de petites billes de plastique. Son prix dépasse à peine la centaine d'euros.

"De telles répliques, au départ destinées au jeu et aux collectionneurs, sont en pleine expansion", témoigne Timothé Artale, du syndicat Unité-Police SGP-FO. "Les moulages plastiques ont cédé la place à des assemblages tout métal. On a le poids, l'aspect et donc la crainte d'une arme réelle. Les commerçants braqués n'ont pas d'autres alternatives que d'obéir."

Aux yeux de la mission parlementaire, la question de l'identification de ces répliques est un enjeu majeur. Son président, le député PS Bruno Le Roux, soumet l'idée d'un code couleur sur l'arme copiée, comme cela se pratique dans certains pays. "Je n'ai pas envie d'un pistolet rose fuschia", s'insurge Jonathan,un collectionneur de 27 ans, croisé dans les allés d'un magasin spécialisé.

"Ce n'est pas sur les outils qu'il faut légiférer, mais condamner les gens qui s'en servent avec de mauvaises intentions. Sinon, il faut interdire les couteaux, les battes de base-ball et les sprays d'auto-défense." Aux yeux de la justice, arme réelle ou non, la peine encourue est équivalente. "L'intention est la même", souligne un magistrat.

"Le plus grave, c'est qu'en situation de légitime défense, les forces de l'ordre peuvent répliquer." Le 26 décembre dernier, un braqueur de 21 ans qui avait volé un millier d'euros dans un Mc Donald 's de Nîmes avant de prendre un otage, est tombé sous des balles policières. Réelles, elles.

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