Il s'appelle Murmures à la jeunesse, et sort ce lundi. Sa conception a été entouré du plus grand secret. A peine sortie du gouvernement, la ministre de la Justice Christiane Taubira sort un essai politique, aux éditions Philippe Rey. Le site internet du Monde en dévoile quelques extraits lundi matin. Et dans ce livre, l'ex-Garde des Sceaux entend dire tout ce qu'elle pense de la politique du gouvernement, et notamment d'une mesure en particulier : la déchéance de nationalité. C'est aussi pourquoi la date de sortie n'est pas anodine : quatre jours avant le début de l'examen du projet de loi constitutionnelle à l'Assemblée nationale. Cet essai d'un peu moins de 100 pages, mis en vente dès lundi, est tiré à 40 000 exemplaires. 

"Plus fatal que l'hallali"

Dans son ouvrage, Christiane Taubira révèle un secret de polichinelle : elle est contre la déchéance de nationalité pour les jihadistes condamnés par la justice pour des faits de terrorisme. Elle explique ainsi que "céder à la coulée d'angoisse et se laisser entraîner, au lieu d'endiguer, signe la fin du Politique et de la politique. Le glas. Plus fatal que l'hallali."

Et pour affirmer encore son opposition, Christiane Taubira craint que la mesure, couplée à une modification de la Constitution, ne tombe entre les mauvaises mains du Front national. "Il est des choses trop inflammables pour s'en approcher sans méfiance avec deux silex à la main, écrit-elle. L'un des silex est cette déchéance de nationalité visant des Français de naissance binationaux, l'autre est la triste et possible capacité pour la cheffe d'un juteux négoce familial d'accéder au pouvoir suprême."

Un taquet pour Valls

Le Premier ministre Manuel Valls l'avait dit, "expliquer (le terrorisme), c'est commencer à excuser". Une petite phrase qui avait provoqué une levée de boucliers générale, certains accusant le chef du gouvernement de tuer le débat et de fermer les yeux notamment sur les responsabilités de la France dans le destin de ces Français partis faire le djihad. Une phrase que Christiane Taubira ne manque pas d'étriller dans son ouvrage.

"Oui, écrit-elle, il faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au monde. Que les cris des tyranneaux de la pensée cessent de tétaniser nos esprits. Sinon, par omission, nous aurons laissé s'installer de nouvelles frustrations grosses d'exaltations macabres, nous aurons arrosé le terreau où poussent ces contentieux passionnels…" L'intéressé appréciera.

Il ne faut toutefois pas s'attendre, précise Le Monde, à une "diatribe véhémente" contre François Hollande et Manuel Valls. L'ex-Garde des Sceaux reste prudente : "affleurent, ici ou là, son malaise vis-à-vis de la philosophie sécuritaire du gouvernement et sa nostalgie d’une gauche au pouvoir oublieuse de ses ambitions sociales", écrit le quotidien. Mais "l’auteure prend soin, en particulier dans la postface, de rendre hommage au président de la République." François Hollande a d'ailleurs eu accès aux épreuves, vendredi 22 janvier, cinq jours avant que ne soit rendue publique la démission de sa ministre. Date à laquelle le livre était déjà imprimé.

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