Critiquer l'appel à la prière reste un sujet totalement tabou en Indonésie. Pourtant, face au possible danger sanitaire, le Conseil indonésien des mosquées, organisme indépendant qui réunit la plupart des lieux de culte musulmans de l'archipel, a décidé de prendre le taureau par les cornes. En ligne de mire : le niveau sonore des appels à la prière pendant le ramadan.

L'affaire pourrait sembler futile. Pourtant, les spécialistes - les otorhinolaryngologistes, en l'occurrence - tirent la sonnette d'alarme. A chaque ramadan, les 800.000 mosquées de ce pays musulman très peuplé se livrent à une véritable compétition lors des appels à la prière quotidien (dont le premier, pour rappel, l'azan, est lancé à 4h30 du matin). Résultat : au fil de la journée, les muezzins rivalisent de la gorge par hauts-parleurs interposés, provoquant un vacarme sonore parfois difficilement supportable pour des oreilles sensibles.

5 mois de prison pour avoir arraché le câble des hauts-parleurs

Mercredi, le Conseil indonésien des mosquées a donc officiellement demandé de "limiter l'usage des hauts-parleurs". "Une atmosphère tranquille est très importante pour que les musulmans puissent exercer leurs devoirs religieux de manière solennelle en ce mois saint", a justifié son vice responsable, Masdar Masudi.

Reste à voir si cette recommandation sera bien accueillie. Jusqu'alors, seuls quelques individus se sont risqués, à leurs dépens, à critiquer le volume sonore des mosquées pendant le ramadan. Il y a trois ans, un Américain résidant sur l'île de Lombok (est) a ainsi laissé échapper sa colère contre une mosquée, arrachant le câble des hauts-parleurs. Résultat : il a été condamné à cinq mois de prison pour blasphème.

L'an dernier, un musulman septuagénaire, lui aussi excédé, a osé porter plainte contre une mosquée voisine jugée trop zélée. Après avoir reçu de nombreuses menaces, le retraité a été contraint d'abandonner les poursuites. Mais le volume de la mosquée en question a malgré tout été baissé.