Entre Najat Vallaud-Belkacem et l'Académie française, c'est la grande incompréhension. La ministre de l’Education nationale et la secrétaire perpétuelle de l'instiution, Hélène Carrère d'Encausse, se sont lancées dans une partie de ping-pong vigoureuse autour de la réforme très polémique de l'orthographe. Une joute qui se poursuivait ce mardi.

EN SAVOIR +
>> Réforme de l'orthographe : l'Académie française y était opposée
>> Réforme de l'orthographie : la fronde s'organise sur Twitter

En jeu : une réforme contestée, mais actée depuis 1990, en passe d'être généralisée dans les manuels scolaires. L'une des évolutions les plus décriées est notamment la disparition de l'accent circonflexe. Sans oublier la suppression des traits d'union dans certains mots.

L'Académie française accuse
Premier acte : le 12 février, dans une interview au Figaro, l'historienne Hélène Carrère d'Encausse a souhaité faire une mise au point très sèche à propos de la réforme. "Je n'ai pas compris les raisons qui expliquent l'exhumation d'une réforme de l'orthographe élaborée il y a un quart de siècle et où l'Académie française n'a eu aucune part, à l'inverse de ce que l'on a voulu faire croire", a-t-elle lancé, visant des déclarations de la ministre de l’Education nationale, qui, elle, avait expliqué le contraire. Et d'ajouter que la réforme visait à l'époque à "simplifier l'apprentissage de l'orthographe", mais que la situation en 2016 est "radicalement différente : notre système éducatif s'est écroulé".

La ministre répond
Mise en cause, Najat Vallaud-Belkacem lui a adressé en retour une lettre ce lundi. Se disant "étonnée" par les propos de l'académicienne, la ministre assure au contraire que l'Académie française a bel et bien validé cette réforme. Et ressort les archives : selon elle, le secrétaire perpétuel de l'époque, Maurice Druon, avait affirmé en 1990 que le rapport du Conseil supérieur de la langue française contenant cette révision de l'orthographe "avait été approuvé à l'unanimité par l'Académie". De plus, dit-elle, cette révision avait déjà été mentionnée dans les programmes en 2008, sans réaction des académiciens.

L'Académie française réplique encore
Pas question de laisser le dernier mot à la ministre. Dans un communiqué publié mardi, l'Académie française rétorque qu'au contraire, en novembre 1989, elle avait adopté à l'unanimité "une déclaration qui rappelait fermement son opposition à toute modification autoritaire de l’orthographe", suggérant de "laisser au temps le soin de la modifier selon un processus naturel d’évolution". Sollicitée ensuite pour avis, en mai 1990, elle avait donné son accord mais, dit-elle, pas sur le texte précis de la réforme mais "sur des principes". De quoi, selon elle, faire aujourd'hui la leçon au gouvernement en lui recommandant "d'engager dès l'enseignement primaire le redressement souhaité par tant de nos concitoyens".