Thierry Coville est spécialiste de l'Iran à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).
Thierry Coville est spécialiste de l'Iran à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Le tête-à-tête prévu mardi à New York entre le président de la République et son homologue iranien intronisé en août, Hassan Rohani, est un événement diplomatique. C'est la première rencontre de niveau présidentiel entre les deux pays depuis celle de Jacques Chirac et Mohammad Kathami en 2005. Au menu de leur discussion : le nucléaire iranien et surtout la Syrie, dossier chaud du moment. Thierry Coville, chercheur à l'Iris et professeur à Novancia, analyse pour metronews les enjeux de ce rendez-vous.

Fidèle allié du régime de Bachar el-Assad, l'Iran est-il prêt à agir sur le dossier syrien ?
L'Iran réclame depuis longtemps de participer aux discussions pour une solution politique en Syrie. Même si Téhéran est un fidèle soutien de Damas, les Iraniens craignent que l'envenimement du conflit entre chiites et sunnites déborde sur toute la région. Mais jusqu'ici, c'est la France qui leur fermait la porte. Avec cette rencontre, François Hollande rouvre cette porte.

C'est donc une volte-face française ?
Même les Etats-Unis, qui ont un milliard de raisons d'en vouloir à l'Iran, ont pris conscience qu'on ne pouvait pas résoudre les crises régionales sans l'Iran. Quand Barack Obama tendait la main à l'Iran, Nicolas Sarkozy continuait, lui, de se montrer intransigeant. Aujourd'hui, la France arrive un peu tard mais elle semble à son tour vouloir sortir de la posture idéologique, pour évoluer vers une approche plus pragmatique.

Comment expliquer ce changement de pied ?
N'oublions pas que nous avons aussi des intérêts économiques et stratégiques dans la région. Sur le dossier syrien, l'abandon de l'option militaire pousse François Hollande à regarder les choses en face : on ne peut pas vouloir une solution politique et exclure d'emblée un des acteurs principaux de la région. Paris semble donc prêt aujourd'hui à laisser sa chance à Hassan Rohani, en lui disant : 'vous dites que vous êtes un acteur régional majeur, montrez votre caractère responsable en participant à la résolution de cette crise'.

La personnalité du nouveau président iranien favorise-t-elle cette détente ?
Son élection permet effectivement à la France de changer son fusil d'épaule. Hassan Rohani, c'est une autre planète que Mahmoud Ahmadinejad, il est même prêt à rencontrer Barack Obama ! Bien sûr il ne raisonnera, comme son prédécesseur, qu'en fonction des intérêts iraniens, mais il est moins provocateur, plus pragmatique et constructif.

Téhéran pourrait-il faire du dossier nucléaire une monnaie d'échange sur la Syrie ?
Faire des liens aussi directs entre les deux dossiers me paraît tiré par les cheveux. Ce sont deux problèmes suffisamment complexes pour être abordés séparément. Et quand on passe, comme la France et l'Iran, d'une relation catastrophique à un dialogue, il est évident qu'on ne va pas régler tous les sujets d'un coup ! Ne mélangeons pas tout : discuter calmement, c'est un premier pas.