Sara Rus, 86 ans, juive polonaise naturalisée argentine, n'a pas un parcours comme les autres. La vieille femme témoigne aujourd'hui à un journaliste de l'AFP d'une vie marquée par les tragédies, successivement le totalitarisme hitlérien et la dictature de Videla en Argentine. Elle demeure aujourd'hui sans nouvelles de son fils, enlevé par la junte militaire en 1977.

C'est en 1939 que la vie de Sara Rus vire au cauchemar. Alors qu'elle prend un cours de violon à son domicile, les Allemands font irruption dans la pièce et brisent son instrument sous ses yeux, après lui avoir demandé si "elle aimait en jouer". Déportée, elle voit son père mourir, est séparée de sa mère, et arrive en 1944 à Auschwitz, d'où elle est finalement libérée en 1945.

Le calvaire se poursuit en Argentine

Sara rencontre alors Bernardo Rus, avec qui elle décide en 1948 de mettre le cap sur l'Argentine. A son arrivée, elle écrit une lettre à Eva Peron, la femme du général alors au pouvoir, qui lui accorde un permis de séjour sur le territoire. Pourtant, près de 30 ans plus tard, sa trêve prend fin : Daniel, son fils de 26 ans, est enlevé par la junte militaire de Jorge Videla. Elle ne le reverra jamais.

"Cet enfant est arrivé comme une bénédiction", se souvient la vieille dame, d'autant plus émue que les médecins lui avaient dit qu'elle ne pourrait jamais enfanter. Aujourd'hui, elle consacre sa vie à sa fille, à ses deux petites-filles et à des conférences données aux étudiants. "Il est fondamental de ne pas se taire, comme l'ont fait d'autres survivants pour ne pas souffrir", déclare avec détermination l'auteure de Survivre deux fois. "C'est comme ça qu'on perd la mémoire, et qu'on ne laisse rien aux jeunes pour éviter que l'histoire se répète".