Dans la ville éternelle, diriger est une affaire d'hommes. En Italie, une femme ne peut être mère et maire. Giorgia Meloni, 39 ans, députée, ancienne vice-présidente de la Chambre des députés, ex-ministre et présidente de parti veut briguer la mairie de Rome. Mais elle est enceinte, et donc pas taillée pour le job, estiment ses... alliés de droite.

"Une remarque affectueuse et protectrice"

Pour l'élection municipale - qui doit se tenir en mai ou en juin après la démission du précédent édile mis en cause dans un scandale de notes de frais - l'ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi et Matteo Salvini, son allié d'extrême droite de la Ligue du Nord, s'étaient mis d'accord dimanche sur un candidat unique : Guido Bertolaso, ancien secrétaire d'Etat et membre de Forza Italia. Mais Giorgia Meloni, alliée du leader de la Ligue du Nord, a annoncé son souhait d'être également candidate.

Pour le candidat désigné, pas question qu'une femme enceinte prenne les commandes de la mairie. Selon lui, on ne peut demander à Giorgia Meloni, présidente du parti Frères d'Italie - Alliance nationale, proche du FN français, de faire campagne enceinte puis de gérer les ordures, les bouchons et les rats de Rome "au moment où elle devra allaiter". Mais il ne faut surtout pas y voir une réflexion sexiste. "Personne ne peut me taxer de misogynie. J'ai juste fait une remarque affectueuse et protectrice à l'égard d'une femme soumise à un grand stress (...) cela me semble une tempête dans un verre d'eau".

"Une misogynie de fond"

Une considération que partage Le Cavaliere, qui l'avait pourtant nommée ministre pour la Politique de la jeunesse. "Une maman ne peut pas se dédier à un travail de brute et Rome aujourd'hui est un travail de brute, qui nécessite de passer quatorze heures par jour au bureau. Je ne crois pas que ce soit le bon choix."

Les membres du gouvernement de Matteo Renzi, le Parti démocrate et rival du parti conservateur, se sont engouffrés dans la brèche et n'ont pas manqué de dénoncer le sexisme de leurs adversaires, bien qu'ils ne portent pas dans leur coeur Giorgia Meloni, considérée comme membre d'un parti fasciste. "Bien sûr qu'une maman peut être maire !" a martelé le Premier ministre. "Quand demanderont-ils à un candidat homme de se retirer parce qu'il doit être père ?" a tweeté la ministre des Réformes institutionnelles. "Si tous ces hommes changeaient plus de couches au lieu de donner des conseils aux femmes, on vivrait dans un plus beau pays", a estimé le candidat démocrate. "Une misogynie de fond" a même été dénoncée par la ministre de la Santé.

"Concilier engagements professionnels et maternité"

La principale intéressée a répliqué. "Je ne veux pas polémiquer, je dis seulement avec politesse et orgueil à Bertolaso que j'espère être une très bonne mère, comme le sont toutes ces femmes qui avec mille difficultés et souvent dans des conditions plus difficiles réussissent à concilier engagements professionnels et maternité".

Ce n'est pas la première fois qu'une femme politique fait les frais du sexisme ordinaire. Lors de sa nomination ministérielle, en mars 2014, des photos truquées avaient circulé sur internet montrant la ministre pour les Réformes constitutionnelles et les Relations avec le Parlement avec un string dépassant de son pantalon alors qu'elle se penchait pour signer des documents. Autre illustration de ce phénomène : la ministre en charge de la Simplification et de l'administration publique était présentée dans un journal à scandale en train de déguster une crème glacée avec le titre suivant : "Elle sait s'y prendre avec sa glace."

À LIRE AUSSI
>>
Une entreprise britannique crée un congé pour les règles douloureuses
>> Quand les femmes journalistes dénoncent le sexisme des hommes politiques
>> Les hommes politiques sont-ils plus machos que les autres ?