"La première affaire notable d'utilisation d'une messagerie pour organiser un crime". C'est en ces termes que l'inspecteur chargé de l'affaire a résumé les faits pour lesquels Junior Bayode, 19 ans, a été condamné lundi à onze ans de prison. Suite au meurtre par arme blanche d'un adolescent de 15 ans, le garçon a été reconnu coupable d'agression et de complot pour la commettre. Et si ce crime a été qualifié durant le procès de "premier meurtre par réseaux sociaux", c'est qu'en tout vingt adolescents y ont participé, après s'être organisés sur Internet.

Le 24 mars 2010, la victime, Sofyen Belamouadden, rentre du lycée avec un groupe d'amis. A la station de métro Victoria, dans le centre de Londres, le groupe a une altercation avec une autre bande d'une vingtaine d'adolescents, dont Junior Bayode. Le ton monte et une bagarre éclate, dans laquelle l'un des jeunes reçoit un coup qui le fait saigner du nez. L'affaire, banale, aurait pu en rester là. Sauf qu'une fois rentrés chacun chez soi, Junior et ses amis ressassent tout au long de la soirée l'épisode, sur Facebook et sur la messagerie instantanée de BlackBerry. C'est là que les esprits s'enflamment : les adolescents ne décolèrent pas et décident de représailles.

Sofyen s'écroule, frappé de neuf coups de couteau

Le lendemain, la bande passe à l'action. Alors que Sofyen s'apprête à prendre son métro à sa station habituelle, les vingt jeunes fondent sur lui, armés de couteaux, de barres de fer et même d'un sabre japonais. Le raid éclair ne dure pas plus de deux minutes. En plein jour, sous les yeux incrédules de centaines de passagers de la station, Sofyen est roué de coups. Le garçon s'écroule, frappé de neuf coups de couteau. Il ne se relèvera pas.

Selon le journal britannique Your Local Guardian, c'est la plus grande affaire de meurtre en groupe que le pays ait jamais connue. A la mesure du crime, l'enquête sera la plus large jamais conduite pas les enquêteurs de la police scientifique spécialisés en électronique. En fouillant 80 téléphones portables et 30 ordinateurs, ils montreront que lors de leurs échanges le soir précédant le crime, les ados meurtriers ont planifié leur attaque dans ses moindres détails. "Vous avez un couteau?", "ça va être la folie", ou encore "des gens vont tomber" faisaient partie des messages échangés. D'où la conclusion de l'inspecteur chargé de l'enquête : "Sans les réseaux sociaux, ils n'auraient pas pu organiser qui amène les armes". En tout, sur les 20 adolescents mis en cause, 17 ont été condamnés, dont 3 à vie pour meurtre.