De 4000 à 5000 roubles d'amende, soit entre 100 et 125 euros : voilà ce qu'il en coûtera à celui ou celle qui aura le malheur de se livrer à de la "propagande des relations sexuelles non traditionnelles devant mineur". En clair, de parler d'homosexualité. C'est ce que prévoit une loi, dénoncée par les défenseurs des droits de l'homme, promulguée dimanche par Vladimir Poutine en Russie. Le texte avait été auparavant adopté, à la quasi-unanimité, par les députés le 11 juin.

Cette loi s'attaque à "la diffusion de toute information susceptible d'éveiller l'intérêt des mineurs envers ce type de relations", est-il écrit dans le texte qui ne s'attaque ainsi pas seulement aux droits de l'homme mais aussi à la liberté de la presse. Les médias sur internet risquent une suspension de 90 jours, sans oublier les personnes dépositaires de l'autorité publique - un député par exemple - qui risquent alors une amende de 40.000 à 50.000 roubles (1.000-1.250 euros). Et les citoyens étrangers ne sont pas à l'abri non plus : parler d'homosexualité en public pourrait leur valoir quinze jours de prison et l'expulsion pure et simple.

Près de 90% des Russes soutiennent la loi

A l'heure où de plus en plus de pays d'Europe ouvrent le mariage gay aux homosexuels, l'homophobie progresse aux portes de l'UE. Largement répandu en Russie, le phénomène a même été largement médiatisé ces derniers temps avec plusieurs cas de meurtres de personnes commis en raison de leur homosexualité. En Russie, l'homosexualité était encore considérée comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999. Selon un sondage de l'institut Vtsiom publié en juin, 88% des Russes soutiennent l'interdiction de la "propagande" homosexuelle. Par ailleurs, 54% des Russes pensent qu'il faut punir l'homosexualité.

Samedi, des heurts ont éclaté à Saint-Pétersbourg entre des militants de la cause homosexuelle et les anti-gay. Les premiers, une centaine, s'étaient réunis dans le Champ de Mars dans le centre de l'ancienne capitale impériale en scandant "l'homophobie est la honte de Saint-Pétersbourg" ou "à bas le fascisme". A ce moment, les anti-gays, au nombre de 150, ont commencé à jeter sur eux des bouteilles, des pierres et des boîtes de conserve. Plusieurs dizaines de pro-gay et huit anti-gay ont été interpellés.