La grève des profs, la gauche n'y échappera pas. Alors que le ministre de l'Education, Vincent Peillon, doit présenter mercredi son projet de loi sur la retour de la semaine à 4,5 jours, les enseignants, eux, se préparent à manifester dans les régions. Après un tour de chauffe à Paris, ce mardi, qui a rassemblé 90% des instituteurs d'Ile de France, selon les syndicats, Vincent Peillon va se frotter à son premier test social avec cette réforme très décriée.

La semaine des écoliers, condensée en quatre jours depuis 2008, va se rallonger d'une demi-journée en septembre 2013, avec le mercredi matin. Les journées de classe seront, elles, raccourcies en moyenne de 45 minutes, mais les enfants ne partiront pas plus tôt pour autant. Ce seront aux communes de leur trouver des activités périscolaires, culturelles ou sportives. "Tout le monde était d'accord il y a six mois !" s'agace le ministre, qui dit avoir reçu l'approbation des syndicats avant d'annoncer sa réforme en grande pompe, dès sa prise de fonctions. Mais de la théorie à la pratique, il y a un (gros) pas à franchir. L’ex-professeur de philosophie, le découvre avec un certaine amertume et se dit "stupéfait de la puissance du conservatisme français", selon un de ses proches conseillers.

"Travailler plus pour gagner autant"

Car dans les faits, la réforme ne passe pas. Chez les mécontents, il y a d'abord les parents d'élèves. Certains doutent en effet du bénéfice des fameuses activités péri-scolaires : "ajouter 45 minutes à la pause de midi, tout ça pour que mes enfants attendent sous un préau encadré par des animateurs de seize ans, c'est ça, la grande réforme de l'école" ? s'interroge pour Metro, Jocelyne, parent d'élève.

Les communes, elles, sortent leur calculette. La réorganisation exigée pour cette demi-journée supplémentaire leur coûterait 600 millions d'euros, selon l'association des grandes villes. Bien plus, donc, que les 250 millions alloués par le gouvernement. Enfin, et surtout, les professeurs : une demie journée supplémentaire, cela ne fait pas plaisir, quand pourtant beaucoup grognaient de l'avoir vu disparaître en 2008 avec la loi Darcos, sous Nicolas Sarkozy. "On va travailler plus mais gagner autant. Car même si sur le papier on nous promet de faire autant d'heures, notre amplitude horaire, elle, augmente !", s'agace Fernand, enseignant dans le quartier de Belleville.

Réunis en masse ce mardi dans les rues de Paris, les professeurs d'école réclament purement et simplement l'abandon de la réforme : "Je suis déçue par la gauche, soupire Hélène, dans le cortège. On nous avait promis une grande réforme, et on nous donne un projet bâclé et démagogique. On se croirait revenus en arrière..." Vincent Peillon se défend, guidé, dit-il, par "l'intérêt des enfants". Négocier, encore ? Le ministre, qui comptait boucler ce dossier chaud dès rentrée 2012, a déjà été recadré par François Hollande, qui l'a échelonné jusqu'en 2014. Alors cette fois, il prévient : "le gouvernement ne reculera pas".