Une suspension d’une semaine. C’est la sanction dont a écopé lundi un pharmacien bordelais de la part de ses pairs. Sa faute ? Avoir refuser de vendre des contraceptifs, par conviction religieuse. Un air de déjà vu pour cette homme déjà condamné pour un motif similaire il y a 20 ans.

"Nous avons été contactés en janvier par deux clientes de l'officine de M. Pichon à qui on avait refusé la distribution de contraceptifs prescrits par des médecins", a raconté à l'AFP Annie Carrareto, administratrice du Planning familial de la Gironde. "Envoyées sur place le 12 janvier, deux de nos militantes ont essuyé le même refus après avoir demandé un stérilet et une pilule du lendemain prescrits par un médecin du Planning familial", a-t-elle poursuivi. Le Planning en a informé l'Ordre des pharmaciens, qui "venait de suspendre pour une semaine, à partir du 2 mai 2016, le même pharmacien après une plainte similaire".

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Une première condamnation en 1995

Bruno Pichon, 38 ans, pharmacien à Salleboeuf, une petite commune de 2.200 habitants située dans l'Entre-deux-Mers, a de son côté confirmé sa suspension. Il s'est en revanche refusé à tout autre commentaire, sur cette affaire ou sur celle datant d'il y a 20 ans. Le pharmacien avait en effet été condamné pour refus de distribution de contraceptifs en novembre 1995, en première instance, avant d'épuiser sans succès toutes les procédures auprès de la Cour d'appel, de la Cour de cassation et de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui l'ont toutes débouté, selon Sud Ouest. Saisie en dernier recours, la juridiction européenne avait statué qu’il "ne pouvait faire prévaloir ses convictions religieuses pour justifier ce refus de vente", précise le quotidien régional.

Quinze ans plus tard, la seule pharmacie de Salleboeuf, encore aujourd'hui gérée par Bruno Pichon, ne vend toujours pas de contraceptifs. Le Planning familial girondin a alerté les élus, la préfecture de Gironde et l’Agence régionale de santé (ARS). A ce jour, seule l'ARS a répondu, en acceptant de recevoir les représentants du Planning le 18 mars, a indiqué son administratrice. Le Code de la Santé publique n’autorise le pharmacien à refuser de dispenser un médicament que dans le cas où la santé du patient l’exige. Il doit alors notifier son refus et ses raisons sur la prescription médicale. "Or, le 12 janvier dernier, cela n'a pas été fait dans l'officine de M. Pichon", a souligné Annie Carrareto.

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