Les politiciens tentent de contrer la radicalisation. Peuvent-ils y arriver ?
Ce qui m’inquiète, c’est que des politiciens de partis majeurs utilisent la situation pour obtenir des voix. Aujourd’hui, les courants traditionnels surfent sur l’extrémisme. Ce que nous considérions comme extrême il y a dix ans est désormais courant. On exagère les problèmes liés à certains points, comme l’intégration. Or il y a une évidence : nous dépendons entièrement de l’immigration. Si tous les immigrés partaient demain, ce serait le chaos. Beaucoup ont des postes que des Européens refusent d’occuper.

Pourquoi la société devrait-elle se protéger contre l’extrémisme ?
Quand on fait d’un groupe le bouc émissaire de tous les problèmes de la société, on le tue. C’est ce qui s’est passé dans mon pays (la Norvège) : Breivik n’aurait pas pu tuer 77 personnes s’il ne les avait pas déshumanisées. Déshumaniser une ethnie est grave, car on arrive forcément à un point de non-retour.

Faut-il éduquer les mentalités à lutter contre la ségrégation ?
Oui. Sinon tout cela sera irréversible et des heures sombres nous attendront. C’est ce qui s’est passé en Allemagne.

D’où, selon vous, cette radicalisation provient-elle ?
Il y a moult tendances radicales. Ainsi, le Parti du progrès, en Norvège, ne ressemble pas au Front national français. Et il est injuste de mettre dans la même case un Breivik et un parti qui se montre sceptique envers les musulmans. Pourtant, les opinions découlent d’une même réalité : la croyance que le pays est agressé. Du coup, un nombre croissant de personnes se définissent contre ces influences extérieures. Elles ont peur que leur culture disparaisse au profit d’une autre.