Sept ans de réflexion. Il aura fallu sept ans pour que l'équipe de scientifiques passe des recherches et préparatifs au compte-à-rebours en croisant les doigts. Tout prochainement, l'Autrichien Felix Baumgartner, 43 ans, sera le premier homme non seulement à effectuer un saut en chute libre depuis 36,5 km de hauteur (en pleine stratosphère), mais aussi à atteindre le mur du son. Initialement prévu en début de semaine, l'événement a été reporté sine die en raison d'un vent trop violent qui soufflait au Nouveau Mexique, point de départ de l'expérience.

Si l'événement paraît fou voire suicidaire, le chef de projet de Red Bull Stratos, Art Thompson, est confiant. L'équipe a bénéficié de millions d'euros de soutien, ce qui lui a permis de venir à bout de toutes les difficultés techniques et scientifiques. "C'est la première fois qu'on crée des disjoncteurs pour un environnement spatial, nous explique-t-il depuis leur base, de Roswell. Felix portera un respirateur artificiel et quatre balises GPS dans sa combinaison." Au sol, une équipe de scientifiques, ingénieurs et chercheurs en aérodynamique s'affaireront pour que l'atterrissage se passe au mieux.

Un plongeon à 1 200 km/h

Un tel saut n'est évidemment pas sans risques. "Mes plus grosses craintes sont une vrille à plat, un voile rouge ou un évanouissement", avoue Art Thompson. En effet, à une vitesse de plus de 1 200 km/h, Baumgartner n'aura aucun moyen de retrouver son axe s'il part en vrille. Et un voile rouge (la force G peut envoyer le sang du bas du corps vers le cerveau) causerait une hémorragie mortelle. Felix "sans peur" Baumgartner a déjà connu des hauts et des bas durant ces derniers mois, et l'équipe a discuté ouvertement avec lui d'un décès accidentel. Mais il a décidé que le jeu en valait la chandelle.

Outre le record, Art Thompson voit en l'événement un moment clé pour l'exploration spatiale : "La possibilité de ramener des gens au sol alors qu'ils sont tombés à des vitesses mach sera une grande avancée pour les programmes spatiaux." Un avis que partage Tom Crouch, curateur de la division aéronautique du National Air and Space Museum (Smithsonian). "Les secteurs de la médecine aérospatiale et du tourisme spatial pourront certainement utiliser les enseignements tirés de cette expérience, nous confie-t-il. De plus, les personnes qui souhaitent également faire un saut dans l'espace seront rassurées." Et pour les amateurs de sensations fortes depuis le canapé, le grand saut de Felix Baumgartner sera diffusé en direct sur le site de la mission, notamment grâce à des caméras installées sur sa combinaison.