Un homme de 52 ans, Ariel Castro, a été arrêté lundi après la découverte, dans une maison de Cleveland (Ohio), de trois jeunes femmes disparues depuis dix ans. Metro fait le point sur cette incroyable affaire.

  •  Les enlèvements

Les trois jeunes femmes retrouvées lundi ont toutes disparu il y a une dizaine d'années à Cleveland (Ohio, nord-est des Etats-Unis). Deux d'entres elles n'étaient alors qu'adolescentes. A l'époque, aucune ne se connaissait.

- La première à avoir disparu est Michele Knight, aperçue pour la dernière fois à proximité de la maison d'un cousin le 23 août 2002, alors qu'elle a 21 ans, selon un journal local, The Plain Dealer. La piste d'une disparition volontaire a longtemps été privilégiée : à l'époque, la jeune femme est bouleversée d'avoir perdu la garde son jeune garçon. A-t-elle alors souhaité disparaître, recommencer sa vie ailleurs ? Reste qu'il y a quelques années, des proches ont pensé l'apercevoir à bord d'un van en compagnie d'un homme plus âgé qu'elle.

- Amanda Berry est la deuxième à avoir été enlevée. La jeune fille a seulement 16 ans quand elle se volatilise le soir du 21 avril 2003 alors qu'elle quitte son travail au Burger King, situé à quelques centaines de mètres de chez ses parents. Elle était censée célébrer son anniversaire le lendemain. Si les enquêteurs ont dans un premier temps privilégié une fugue, cette piste a rapidement été abandonnée : quelques temps après sa disparition, un homme a contacté la mère de la jeune fille, Louwana Miller, pour lui annoncer qu'ils étaient désormais mariés et qu'Amanda reviendrait bientôt à la maison. Amanda n'est toutefois jamais rentrée et sa disparition a hanté ses proches : en 2006, sa mère est même morte "de chagrin", a confié un proche de la famille à CNN.

- La troisième victime est encore plus jeune. Le 2 avril 2004, Gina DeJesus, 14 ans, disparaît alors qu'elle sort du collège pour se rendre à son domicile. Quelques minutes avant son rapt, survenu vers les 15 heures, des témoins l'auraient vue près d'une cabine téléphonique. Une semaine après sa disparition, les policiers diffusent le portrait-robot d'un Hispanique "âgé entre 25 et 35 ans", "aux yeux verts" et "conduisant une voiture bleu ciel ou blanche". Cette piste n'a jamais rien donné. Dix ans plus tard, il semblerait bien que les enquêteurs avaient déjà identifié le bon suspect.

  • Le scénario de leur libération

Tout commence lundi, quand un habitant de "Seymour avenue", un quartier résidentiel de Cleveland, entend l'une de ses voisines crier. "J'ai entendu un hurlement... Puis j'ai vu cette femme devenir folle et tenter de sortir de la maison", raconte ce voisin, Charles Ramsey, à la chaîne ABC. "Je suis allé jusqu'à l'entrée de la maison et là, elle a dit 'aidez-moi à sortir, je suis ici depuis longtemps'". Charles Ramsey essaye alors de la faire sortir par la porte. En vain, celle-ci est fermée à clés. Il décide alors de défoncer le bas de la porte à coups de pied. La jeune femme s'empresse de sortir de la maison à quatre pattes. Avec dans ses bras une enfant, manifestement âgée de 6 ans.

La jeune femme demande alors à son voisin de contacter la police. A celle-ci, elle déclare au téléphone : "je suis Amanda Berry. J'ai été kidnappée et j'ai été portée disparue pendant dix ans. Je suis libre maintenant". La police arrive sur place quelques minutes plus tard. Et découvre dans la maison dont Amanda s'est enfuie deux autres femmes, qui déclinent leurs identités : il s'agit de Michele Knight et Gina DeJesus.

Les trois femmes sont aussitôt conduites aux urgences. Selon les premiers examens réalisés, elles sont en assez bonne forme. Et Amanda Berry semble bien être la mère de l'enfant qu'elle transportait dans ses bras. Fait plutôt rare dans ce genre d'affaires : on a déjà une photo d'Amanda, prise à l'hôpital (voir la photo ICI). On y voit la jeune femme très émue, entourant de ses bras sa soeur Beth (gauche) et sa fille (droite), prénommée Jocelyn. Mardi, le chef adjoint de la police de Cleveland a indiqué que la fillette était elle aussi en forme. "Ces trois jeunes femmes nous ont fourni la définition ultime de la survie et de la persévérance. La guérison peut commencer", a de son côté indiqué le FBI.

  • Les conditions de leur séquestration

Scénario de l'horreur : selon les premiers éléments de l'enquête, les trois femmes vivaient dans des pièces séparées de la maison, souvent attachées par des cordes ou des chaînes. De temps en temps, elles avaient l'autorisation de sortir quelques minutes dans l'arrière-cour, mais pas plus. L'une des trois victimes aurait fait cinq fausses couches suite aux viols à répétition. Une autre, Amanda Berry, a eu une petite fille avec son ravisseur pendant sa captivité, aujourd'hui âgée de 6 ans. Toutes étaient maltraitées : coups, humiliations et malnutrition.

  • Un voisinage sous le choc

Manifestement, les trois femmes vivaient dans cette maison depuis plusieurs années. Triste ironie de l'histoire : l'habitation est située à seulement quelques kilomètres des lieux de leurs disparitions. Tous, dans le quartier, sont aujourd'hui sous le choc : personne ne s'est jamais douté de rien. Charlie Czorb, un voisin, a ainsi confié qu'il avait été abasourdi par cette découverte : "Ces filles étaient enfermées dans notre propre arrière-cour !" s'est-il exclamé. Le voisin qui a sauvé les trois femmes, Charles Ramsey, déjà érigé comme nouvel héros de l'Amérique, a lui aussi fait part de son étonnement, expliquant qu'il avait déjà dîné à plusieurs reprises avec le ravisseur présumé de ces trois femmes. Ce dernier lui aurait même fait écouter de la musique salsa...

  • Le profil du ravisseur présumé

Amanda Berry a elle-même livré le nom de son ravisseur présumé aux enquêteurs : Ariel Castro, un Hispanique de 52 ans (lire son portrait). Mercredi soir, il a été inculpé pour viols et séquestrations. Ses deux frères, qui avaient été interpellés au même moment, on finalement été relâchés.

Ariel Castro est le propriétaire de la maison où ont été retrouvées les 3 jeunes femmes, situé au 2207 Seymour avenue à Cleveland, depuis 1992, selon la chaîne locale NewsChannel5. Ses voisins sont unanimes : quoiqu'assez discret, Ariel Castro est un homme agréable, passionné de musique. Pendant des années, il a été chauffeur de bus, avant d'être licencié en novembre 2012 pour avoir fait un demi-tour jugé illégal, alors que des enfants se trouvaient dans son bus. En 1993, il a été interpellé pour des violences domestiques. Faute de preuves, la justice ne l'a, à l'époque, pas mis en accusation. Depuis, il a été arrêté à de nombreuses reprises pour des infractions routières.

Mardi, en fin de journée, la police a également indiqué être intervenue à deux reprises auprès de la maison où ont été retrouvées les jeunes femmes : en mars 2000 pour une bagarre dans la rue, et en janvier 2004 au sujet du travail d'Ariel Castro comme chauffeur de bus. La police avait alors frappé en vain à la porte du domicile, sans obtenir de réponse.

Ariel Castro aurait plusieurs enfants dont une fille, qui selon les voisins venait le voir de temps à autre. Fait troublant : son fils, Anthony, avait écrit un article sur l'une des victimes, Gina DeJesus, quand il était étudiant en journalisme, en 2004, a révélé mardi la chaîne locale WKYC. Interviewé par la chaîne, ce dernier a assuré tout ignorer de l'implication de son père dans cette affaire : "c'est au-delà de toute compréhension. Je suis étourdi", a-t-il affirmé. Selon l'un de ses oncles, Julio, Ariel connaissait au moins l'une de ses victimes, puisqu'il a grandi dans le même quartier que la famille de Gina DeJesus.

  • D'autres victimes ?

Le témoignage de l'une des victimes, Michelle Knight, fait froid dans le dos : à son arrivée dans la sinistre maison de Seymour avenue, en 2002, la jeune femme aurait aperçu une autre fille. Qui aurait rapidement disparu. Se peut-il que Michelle Knight n'ait pas été la première victime d'Ariel Castro ? Qu'il y en ait eu d'autres ? Le FBI a fouillé dans ces dossiers : depuis 1995, trois jeunes femmes auraient disparu dans le même quartier. Les enquêtes viennent d'être rouvertes. Détail troublant : un journaliste de Fox 8 Cleveland a rapporté que le sigle RIP (Repose en paix) aurait été retrouvé inscrit sur un mur de la maison. A côté de ce sigle, le prénom d'une femme qui... ne correspond à aucun de ceux des trois victimes libérées.