Trois suspects, qui avaient été arrêtés après le meurtre barbare d'un militaire britannique à Londres, ont été libérés lundi sous caution. Mais cela ne devrait pas suffire à apaiser les esprits : un millier de partisans de l'extrême droite ont manifesté ce lundi au 10, Downing Street pour dénoncer le crime revendiqué par un islamiste, actuellement hospitalisé. Des tensions communautaires qui inquiètent le gouvernement, lequel a annoncé une batterie de mesures pour calmer le jeu.

"Les meurtriers musulmans hors de nos rues", ont scandé les manifestants sous les fenêtres du Premier ministre David Cameron. "Ils ont eu leur Printemps arabe. Le temps est venu d'avoir le Printemps anglais", a déclaré le chef de la Ligue de défense anglaise (EDL), Tommy Robinson. En fin d'après-midi, des partisans de l'EDL et des contre-manifestants se sont affrontés à coups de bouteilles de verre, obligeant des policiers à intervenir. De son côté, une organisation qui combat l'extrémisme religieux, Faith Matters, a affirmé avoir constaté depuis le meurtre du militaire une recrudescence des incidents visant les musulmans. Si aucun lien n'a été établi dans l'immédiat avec le meurtre du soldat, ces dérapages inquiètent les autorités sous le feu des critiques depuis près d'une semaine.

Un organisme de contrôle des prédicateurs radicaux

Les services secrets britanniques font en effet face à de nouvelles révélations embarrassantes : Michael Adebolajo, l'un des deux suspects dans le meurtre à coups de couteau et de hachoir, avait été arrêté en 2010 sur la côte kényane, non loin de la Somalie où opèrent les shebab affiliés à Al-Qaïda. Vendredi déjà, une personne se présentant comme un ami de Michael Adebolajo avait affirmé que le MI5 avait tenté de recruter le jeune homme.

Accusé de laisser le champ libre aux mouvements radicaux, le gouvernement britannique tente de reprendre la main. David Cameron a annoncé la création prochaine d'un organisme de contrôle des prédicateurs "haineux". Ce groupe sera chargé de lutter contre la radicalisation religieuse dans les écoles et les mosquées, et de contrôler plus étroitement les sites Internet. La ministre de l'Intérieur Theresa May s'est engagé en faveur de nouvelles lois, notamment une procédure d'expulsion pour les "prêcheurs de haine". Une mesure qui n'est pas sans rappeler celle prise par Nicolas Sarkozy, au lendemain de l'affaire Merah.