Un mois jour pour jour après la mort de deux militaires lors d'une opération de lutte contre l'orpaillage clandestin en Guyane, le principal suspect et deux de ses complices présumés ont été arrêtés hier dans le nord du Brésil, a-t-on appris de source policière.
D'après les médias locaux, l'individu en question serait Manoel Ferreira Moura, alias "Manoelzinho", le chef d'un gang ultraviolent, qui contrôlait un site d'orpaillage clandestin, près de Dorlin, sur l'immense commune de Maripasoula (18.000 km carrés), dans l'ouest du département français d'outre-mer.
Des tirs à l'arme de guerre contre les forces françaises...
Le 27 juin, un hélicoptère de la gendarmerie, participant à une opération de sécurisation de ce secteur isolé où doit s'installer une exploitation minière légale, avait essuyé des tirs, conduisant quelques heures plus tard les autorités à déployer une trentaine de militaires, gendarmes et commandos du 9e RIMa. Le groupe avait été pris dans une embuscade, et deux soldats âgés de 29 et 32 ans étaient tombés sous les balles, tandis que deux gendarmes avaient été blessés.
Depuis une quinzaine de jours, quelque 120 gendarmes menaient une traque d'une ampleur sans précédent au coeur de la forêt amazonienne, pour intercepter les malfaiteurs, selon un officier français, un groupe de cinq à six hommes armés de fusils d'assaut, "de fusils de grande chasse et de fusils à pompe".
Un mois de cavale pour passer la frontière...
Empruntant des voies connues de l'orpaillage clandestin, notamment à bord de pirogues et de quads volés, les fuyards ont parcouru plus de 200 km à travers la jungle, en direction du Brésil.
C'est donc de l'autre côté de la frontière que trois d'entre eux ont été arrêtés. Sous couvert d'anonymat, une source au sein de la police fédérale a confirmé une interpellation. "Il a été arrêté ce matin, il est ici" à Macapa, la capitale de l'Etat d'Amapa, tout au nord du pays, a dit cette source, qui s'est refusé à fournir le moindre détail sur l'enquête, ni même à préciser l'identité du suspect.
L'enquête difficile ne fait que commencer...
Selon la presse locale, il s'agirait donc d'un certain Manoelzinho, 25 ans. D'après le colonel du Bataillon des opérations spéciales de la police militaire brésilienne, que cite le journal Extra Amapa, deux autres personnes auraient été appréhendées, un homme, Ronaldo Silva Lima, et une femme, "Barantinha".
A ce stade, il convient d'être très prudent a recommandé une source française proche de l'enquête, estimant qu'il "était difficile de dire à coup sûr qui a tiré ou qui était là" lors de la fusillade meurtrière. Selon le responsable policier brésilien, les trois personnes qui ont été interpellées dans des hôtels de Macapa étaient en tout cas armées. Ils vont être transférés dans une prison de haute sécurité, a-t-il ajouté.
Vers une coopération accrue avec le Brésil...
Depuis environ vingt ans, certains secteurs de la Guyane où pullulent les orpailleurs clandestins tiennent du Far West. C'est d'autant plus vrai ces dernières années, avec la flambée du cours de l'or, qui attire, notamment dans la région de Dorlin, des criminels toujours plus jeunes, qui n'hésitent pas à se servir d'armes de guerre, comme dans les favelas de Rio, souligne l'AFP.
L'an dernier, le gouvernement brésilien s'est engagé à oeuvrer pour que ses ressortissants émigrés sur le territoire français ne n'y livrent pas à l'orpaillage clandestin. En 2008, Brasilia et Paris avaient signé un accord de coopération sur le sujet. Ce texte a été ratifié par la France en avril.

















