Une question d’un groupe de jeunes - "Mais t’es un garçon ou une fille ?" - suivie de coups, qui pleuvent. Tel est le récit que fait Karine Espineira, personne trans, de son agression il y a quelques années. Devenue docteure en sciences de l’information et de la communication, elle a travaillé avec le sociologue Arnaud Alessandrin sur la toute première étude exclusivement dédiée à la transphobie, intitulée "Mission transphobie". Metronews vous révèle en avant-première ce rapport du Comité Idaho France et de l’association République et Diversité qui sera remis jeudi à la mairie de Paris, à l'occasion de la "Journée internationale du souvenir trans".

Pas facile d’être transgenre* en 2014 : ainsi, près de 85% des 281 personnes interrogées, par le biais de questionnaires relayés par des associations, déclarent avoir souffert d’un acte transphobe. Et ce n’est souvent pas un cas unique : 37% des répondants indiquent avoir subi "plus de cinq" fois de tels actes. Insultes (59%), coups (13%), harcèlement (27%), discrimination (60%) : les caractéristiques de cette transphobie sont nombreuses et se déroulent surtout dans la rue (pour plus de 50% des cas) mais aussi dans des contextes privés (en famille, pour près d’un tiers des répondants) ou au travail (33%).

Presque jamais de plainte

Les conséquences de cette intolérance sont “dramatiques”, et les chiffres sont, selon Karine Espineira, "sans appel" : en effet près de 20% des répondants déclarent avoir fait une tentative de suicide et près de 60% une dépression. Une partie significative d’entre eux (15%) a par ailleurs subi des agressions physiques ayant entraîné une interruption temporaire de travail (ITT) de plus de quatre jours.

On pourrait imaginer que, face à cette ampleur, les plaintes soient nombreuses. Or ce n’est pas le cas : seulement 3,3% des trans interrogés ont porté plainte. "Ils ont conscience que la loi ne les protège pas", explique Arnaud Alessandrin, qui milite avec le comité Idaho pour que le mot transphobie soit inscrit dans les textes législatifs. "Même lorsqu’elles sont répertoriées, les agressions transphobes disparaissent dans les statistiques générales de la police", souligne le rapport.

Formation des personnels médicaux, protection des salariés, sensibilisation des médias… De nombreuses recommandations sont formulées, avec une priorité : reconnaître la possibilité de changer son état civil "de manière libre, gratuite et dé-médicalisée", sur le modèle de l’Argentine. Une proposition de loi allant dans ce sens a été élaborée par les députés PS Erwann Binet, Michèle Delaunay et Pascale Crozon, mais n’a pas encore été déposée.

*Le terme transgenre décrit toutes les personnes dont l'identité de genre, leur identité profonde, entre en conflit avec leur sexe de naissance. Transsexuel renvoie plus précisément aux personnes qui souhaitent changer de sexe ou ont changé de sexe.