On savait qu'Edward Snowden, l'ancien consultant informatique qui a révélé l'existence de programmes secrets de surveillance des télécommunications dont on ne soupçonnait pas l'ampleur, était dans le collimateur des autorités américaines. Il a officiellement été inculpé pour espionnage ainsi que pour vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux a indiqué, vendredi 21 juin, une source judiciaire.

S'il est "de bonne foi", Snowden doit être protégé

Ce même jour, alors que le jeune homme soufflait ses trente bougies, les rapporteurs des Nations unies et de la Commission interaméricaine des droits de l'homme sur la liberté d'expression se sont prononcés pour que soient protégées les personnes qui, "de bonne foi", révèlent des informations confidentielles auxquelles elles ont eu accès. En l'occurrence : des documents publiés dans la presse attestant que la NSA, l'agence de renseignement américaine pour laquelle Snowden a travaillé, et le Quartier général des communications du gouvernement (GCHQ) britannique partageaient quantité de données privées puisées à la source, les câbles assurant le trafic Internet et les communications téléphoniques mondiales.

"Une personne liée à un Etat qui, obligée de garder certaines informations confidentielles, divulgue des informations relevant selon elle de violations des droits de l'homme ne devrait pas être soumise à des sanctions juridiques, administratives ou disciplinaires tant qu'elle a agi de bonne foi, conformément aux normes internationales", ont écrit les rapporteurs de l'ONU. C'est précisément ce que soutient Snowden, qui affirme avoir "trahi" ses employeurs, parce qu'il ne saurait "permettre au gouvernement américain de détruire la vie privée, la liberté d'internet et les libertés fondamentales des personnes avec ce système gigantesque de surveillance qu'ils sont en train de bâtir secrètement".

Vue de Washington, la perspective est bien sûr très différente. Alors que le jeune "whistleblower", autrement dit le "lanceur d'alerte" a provisoirement trouvé refuge à Honk Kong, la justice américaine a émis un mandat d'arrêt et demandé à la police de ce territoire chinois -relativement- autonome, de l'interpeller. En vertu d'un traité en vigueur, les Etats-Unis pourraient obtenir l'extradition de l'informaticien, sous réserve que Pékin n'y oppose pas son droit de véto. Cela ne sera peut-être pas nécessaire.

Un jet privé, prêt à décoller pour Reykjavik

Plus encore que Honk-Kong, réputé pour sa tradition de défense des libertés individuelles, l'Islande pourrait accueillir la taupe de la NSA. C'est du moins l'idée d'un homme d'affaires proche du site WikiLeaks qui a assuré jeudi soir qu'un vol était en cours d'affrètement pour y transporter Edward Snowden, lequel avait estimé le 9 juin dans un entretien au Guardian, que c'est "le pays le plus proche de ses valeurs pour un internet libre et indépendant des Etats".

"Nous avons un avion et toute la logistique est en place. Maintenant, nous attendons juste une réponse du gouvernement" a déclaré Olafur Sigurvinsson, le dirigeant d'une entreprise en charge de la collecte des fonds pour WikiLeaks, précisant que "l'avion peut décoller demain", selon d'autres sources un jet privé loué à une compagnie chinoise pour quelque 250.000 euros. Cette déclaration remonte à jeudi. Depuis, rien, sinon l'extrême prudence des autorités islandaises qui ont rappelé qu'il fallait être sur leur territoire national pour présenter en personne une demande d'asile. A ce jour, "puisqu'il n'est pas dans le pays, je n'ai pas de commentaire à faire" a ainsi dit le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson.