"J’arrive pas à croire que j’ai pu faire ce geste. C’est moi qui aurait dû mourir. Je me souviens pas d’avoir tiré sur lui." A l’ouverture de son procès aux assises de Meurthe-et-Moselle, ce lundi 21 mars, Sylvie Leclerc annonce la couleur. Accusée d’avoir tiré à bout portant sur son compagnon alors qu’il dormait, un jour de mai 2012, elle ne sera pas du genre à donner les détails d’un geste que tous, ici, cherchent pourtant à comprendre.

Mais le peut-elle seulement ? Au cours de ces premières heures d’audience, Sylvie Leclerc apparaît confuse, instable, égrenant un discours bourré de contradictions. D'une petite voix haut-perchée entrecoupée de gros sanglots, elle répète, inlassablement, à quiconque la questionne : "Je me souviens pas, je peux pas vous dire". "Cherchiez-vous à tuer Gérard, quand vous avez pris le fusil ?" "Je sais pas, je peux pas vous dire"."Quand vous avez tiré, étiez-vous sûre qu’il était mort ?" "Je sais pas, je peux pas vous dire." Avant d’ajouter, semant le doute : "Je ne voulais pas le tuer, je ne pensais pas que ça ferait autant de mal." Et la présidente Catherine Hologne, d’ordinaire pédagogue et patiente, de lui rétorquer : "Madame, quand on vise quelqu’un avec un fusil de chasse, on ne part pas à la chasse aux papillons, quand-même !"

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Au milieu de cet océan d’imprécisions ne reste finalement qu’une certitude, du moins dans l’esprit de l’accusée : Gérard, son compagnon, était "un malade." "Il voulait toujours que je sois avec lui, pour me surveiller. Il partait à 3h30, le matin. Il me levait aussi, fallait tout le temps que je sois là. Il me disait : 'tu vas pas t’enfuir!'. D'ailleurs, à l'en croire, l'homme viendrait la hanter jusque dans la cellule qu'elle occupe désormais. "Il me dit, 'je te lâcherai pas'" détaille la sexagénaire, suffocante, avant de poursuivre, à propos de cet homme dont elle est tombée amoureuse à l’âge de 16 ans : "A la télé, on regardait toujours ce qu’il voulait. J’avais pas le droit de zapper. On regardait des séries avec de la torture, des étouffements, des chambres à gaz. J’en pouvais plus, c’était morbide." Autre constante, et pas des moindres : cette "voix, dans ma tête, qui m’a dit : ‘Vas-y tire, tu seras tranquille, tu as assez souffert."

Sollicitée par de nombreuses questions des différentes parties pour tenter d’en savoir davantage sur cette fameuse voix, "féminine et gentille"qui l’a poussée au meurtre, Sylvie Leclerc perd pied. Assise, le micro tendu vers elle, l’accusée s’effondre en larmes. Ses propos, quasiment inaudibles à présent, se révèlent complètement incohérents. Un temps interrompue pour permettre l’intervention d’un médecin, la séance reprend finalement avec l’exposé d’une enquêtrice de personnalité.

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"Je suis revenue sur terre"

C’est peut-être elle, en ce premier jour d’audience, qui permet de comprendre le mieux Sylvie Leclerc. Car ce qu’elle décrit est un passé terrible. Une enfance au coeur d’une fratrie de huit frères et soeurs, déchirée entre une mère décrite comme alcoolique, violente, et un défilé de "monstres", à savoir les beaux-pères, dont au moins un aurait commis des agressions sexuelles sur les enfants.

En vue des débats laborieux qui s’annoncent jusqu’au verdict, prévu pour jeudi 24 mars, la question de l’altération ou de l’abolition du discernement de Sylvie Leclerc semble être tout l’enjeu de ce procès. Les experts psychiatres, qui ont pour l’instant uniquement conclu à une altération, sont très attendus. Pour l’heure, Sylvie Leclerc donne l’impression d’être plongée dans son monde. Même si elle assure en être sortie : "Ça fait un an et demi que je suis revenue sur terre" a-t-elle confessé à la barre ce lundi.