La communauté internationale semble plus que jamais prête à intervenir en Syrie. Est-ce une technique d'intimidation ou un véritable projet ?

C'est vrai qu'on n'a jamais été aussi proche d'une possibilité d'intervention, mais il faut être très prudents. Depuis un an, il y a eu tant de déclarations qui n'ont pas été suivies des faits... Il est cependant vrai qu'un seuil a été franchi la semaine dernière avec le massacre qui a fortement choqué la communauté internationale. Les résultats de l'inspection des membres de l'ONU présents à Damas vont être déterminants. Cela peut accélérer ou au contraire mettre en attente cette décision d’intervention.

Tous semblent pourtant déjà convaincus de l'utilisation d'armes chimiques par le régime... Pourquoi attendre des preuves supplémentaires ?

Dans cette situation, c'est la logique qui prévaut. Les Américains et les Occidentaux en général n'ont pas envie d'intervenir en dehors du cadre onusien. Et s'il n'y a pas de preuves irréfutables, on sait très bien qu'il y aura un veto russe et chinois.

Ne peut-on pas pour autant contourner l'ONU ?

On se dirige de plus en plus vers une opération hors-ONU, effectivement. Mais cela pose une réelle difficulté : la question des relations avec la Russie.

La Russie, justement, parle de "graves conséquences" en cas d'intervention. Cette menace est-elle réelle ?

Le pays joue sa position de puissance internationale sur le dossier syrien : Moscou veut montrer qu'elle est au même niveau que les Etats-Unis. C'est un enjeu crucial pour le pays. Aujourd'hui, la Russie menace car elle veut absolument que l'affaire syrienne reste dans le cadre onusien pour avoir son mot à dire, pour peser sur le dossier. Dans les faits, la Russie peut certainement décider de sanctions économiques envers ses partenaires occidentaux. Mais je n'y crois pas vraiment. On est depuis le début du conflit dans un jeu de poker menteur.

                                          "Le régime de Damas est très affaibli"

Le régime syrien, de son côté, dit être prêt à "faire face à tous les scénarios". Bachar al-Assad a-t-il vraiment les moyens d'affronter une intervention internationale conjointe ?

On sait qu'il possède des armes chimiques et il pourra être amener à les utiliser. Il y a un risque de cette nature. Mais il ne faut pas oublier que c'est aussi un régime en grande difficulté. Tout seul, il n'arrive à rien faire, il est actuellement soutenu par l'Iran, la Russie et des organisations comme le Hezbollah mais seul, il est très affaibli. En cas d'intervention étrangère, on peut donc imaginer qu'une partie des responsables militaires du régime fasse défection. Une intervention pourra donner l’opportunité aux membres du régime de fuir, et donc de l'affaiblir un peu plus. C'est une hypothèse.

Et l'autre hypothèse ?

Avec une intervention étrangère, le régime se sentira vraiment en danger. Il est donc très probable aussi qu'il joue tout pour sa survie. S'il a tout à perdre, le régime de Bachar al-Assad est capable de tout. On peut s'attendre à tout de la part du régime.

Bachar al-Assad est-il vraiment dans le déni de la situation, comme il le montre dans ses interviews ?

C'est la grande question depuis le début. Il ne faut pas oublier que comme il a tout à perdre, il est prêt à tout pour sauver sa peau, quitte à ne plus voir du tout la réalité. Nous avions déjà vu ce cas de figure avec Saddam Hussein, des dictateurs qui sont complètement dans le recul, et qui jouent tellement leur survie et celle de leur clan qu'on a le sentiment qu'ils ne perçoivent pas la réalité comme nous.

S'il y a intervention, y a-t-il un risque de régionalisation du conflit ?

Le cas le plus préoccupant est le Liban. C'est la maillon faible de la région, on peut craindre des conséquences immédiates sur le Liban, ce qui est déjà en partie le cas. Les Iraniens, sans doute, réagiraient, on ne peut pas exclure un risque de terrorisme dans la région. Ces risques expliquent en partie les réticences des occidentaux à intervenir : les capacités de nuisances des acteurs de la région sont réels.