"Nous n'avons pas encore de stratégie" en Syrie. Une petite phrase, lâchée par Barack Obama en conférence de presse jeudi, et qui a fait grand effet. Alors que la situation au Moyen-Orient se dégrade à vue d'oeil et que la menace djihadiste se fait de plus en plus visible, cette déclaration a en effet résonné comme un aveu d'impuissance. Une affirmation d'autant plus malheureuse qu'elle tombe au moment où les Républicains, mais aussi son ancienne Secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, pointent son manque de "stratégie" à l'international.

Il faut dire que les difficultés s'accumulent pour le président américain sur le front étranger. En Ukraine, Poutine semble dicter sa loi, indifférent aux sanctions occidentales. En Irak, la progression des djihadistes semble hors de contrôle. En Syrie, le discours interventionniste de la "ligne rouge" a fait place à l'inaction face aux exactions du régime de Bachar Al-Assad. Enfin, durant le récent conflit Israélo-Palestinen à Gaza (qui s'est achevé par un trêve conclue la semaine dernière), l'administration américaine semble avoir été impuissante. Un échec qui s'est incarné en la personnalité de John Kerry, le secrétaire d'Etat américain qui, malgré un travail diplomatique intense dans la région, ne fut capable ni de décrocher un accord de paix fin avril ni de faire cesser les hostilités ensuite. En six ans de mandat, le constat s'impose : Obama n’a pas su faire progresser ce dossier... qu'il avait pourtant érigé en "priorité" dans son mandat. La question se pose alors : le président américain serait-il mauvais en politique étrangère ?

"Une politique est complexe, difficile à vendre et à appliquer"

"La question qu'il faut plutôt se poser c'est : y a-t-il une autre politique possible ?", nous répond François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis. "Veut-on une intervention en Irak, en Ukraine, en Syrie, sans les renseignements nécessaires sur le terrain et en envoyant des bombes à l'aveugle ? Cette politique-là, c'était celle de Bush et nous l'avons condamnée", rappelle le spécialiste. D'ailleurs, Barack Obama ne rechigne pas à faire usage de la force lorsque c'est nécessaire. "Il a par exemple choisi de bombarder des positions de djihadistes en Irak, une décision qui fait consensus", note ainsi Yannick Mireur, spécialiste des Etats-Unis.

"En affirmant qu'il n'avait pas de stratégie claire en Syrie, Barack Obama a en fait choisi d'exposer la complexité de la situation", poursuit François Durpaire. Une transparence qui dénote de celle de son prédécesseur, "pour qui le monde était blanc ou noir", et qui donne l'impression d'être incapable de trancher. "Sa politique est complexe, donc moins facile à vendre et moins facile à appliquer que celle de Bush", décrypte Yannick Mireur, l'auteur du Monde d'Obama*. "Elle prône usage d'une force mesurée, en fonction d'objectifs précis, et avec une prise en compte des réalités locales".

"Fin observateur, mais mauvais tacticien"

Mais s'il voit en Barack Obama un "fin observateur du monde", le spécialiste le reconnaît : le Président est un "mauvais tacticien" : "Sa politique au Moyen-Orient, qui projetait de réinventer les relations des Etats-Unis avec le monde arabe, est un échec", assure-t-il. Le dossier syrien ou israélo-palestinien en sont l'illustration. Le spécialiste nous livre deux explications. La première est qu'à cause de "la menace terroriste, des révolutions arabes et des soubresauts dans la région", Barack Obama n'a pas su "réviser ses alliances avec ses partenaires traditionnels qu'étaient l'Egypte et l'Arabie Saoudite". "L'autre blocage majeur est l'alliance avec Israël : quand on est un soutien de la politique israélienne, cela prend en otage une hypothétique nouvelle politique dans le monde arabe", affirme le spécialiste. Sur le dossier israélo-palestinien, enfin, Barack Obama semble s'être heurté au puissant "lobby pro Likoud (le parti sioniste nationaliste israélien, ndlr) à Washington".

Le bilan de Barack Obama à l'étranger est donc à l'image de sa vision du monde : ni tout blanc, ni tout noir. "Avant, le monde était bipolaire, résume François Durpaire. Aujourd'hui il n'y a plus de cohérence dans le système mondial. Les Etats-Unis n'ont plus la même influence, ils ne peuvent plus agir seuls, mais doivent trouver de nouveaux partenaires et réinventer leur rapport au monde". Cet aspect, Barack Obama l'a bien compris. C'est pour cela que ses efforts diplomatiques se sont surtout tournés vers l'Asie. "Un dossier de longue haleine, nous explique Yannick Mireur : il a fallu structurer une relation avec la Chine, resserrer les liens avec la Corée du Sud et le Japon". Cette fois-ci, mission plutôt bien accomplie.

*Le Monde d'Obama, Yannick Mireur, Choiseul Editions