Deux ans après le début du conflit, l'opposition syrienne s'organise. Réunie à partir de lundi à Istanbul (Turquie), la Coalition nationale syrienne (CNS) doit nommer, au plus tard mardi lors d'un vote prenant la forme d'un scrutin majoritaire à deux tours, un Premier ministre et un gouvernement provisoire chargé de gérer les territoires conquis par les rebelles. Organisée dans un hôtel de la mégalopole, la réunion rassemble 73 membres de la Coalition, reconnue par des dizaines de pays comme le seul représentant légitime du peuple syrien. Si douze personnalités sont candidates au poste de Premier ministre, trois figures se détachent.

Assaad Moustapha, ministre de l'Agriculture pendant neuf ans sous l'ex-président syrien Hafed al-Assad, puis sous Bachar, jusqu'en 2001, avant de partir au Koweït. L'économiste Oussama al-Kadi, né en 1968 à Alep, dirige le Centre syrien pour les études politiques et stratégiques à Washington. Pour Fabrice Balanche, directeur du groupe de recherches sur la Méditerranée et le Moyent-Orient, "cet homme vit depuis trop longtemps aux Etats-Unis et ne connaît plus vraiment la Syrie".

Enfin, Ghassan Hitto, né en 1963 à Damas, a passé près de vingt-cinq ans aux Etats-Unis en tant que cadre dirigeant d'entreprises de haute technologie avant de rejoindre la Turquie et les rangs de la révolution fin 2012. A ce titre, le spécialiste de la Syrie le juge "plus proche du terrain mais c'est quelqu'un de l'ancien régime". Il pourrait cependant être choisi pour "rassurer l'appareil d'Etat et montrer qu'une transition en douceur est possible".

Opinion divisée sur l'utilité de ce gouvernement d'opposition

Si les 73 membres de la Coalition parviennent à se mettre d'accord sur un Premier ministre, ce ne sera que le début d'un long processus. Dans les faits, il devra nommer un gouvernement chargé de gérer les territoires du nord et de l'est du pays conquis par les insurgés mais plongés dans le chaos. Il devra élire "un gouvernement de technocrates capable de s'occuper de la santé, de l'éducation" comme le rappelle Fabrice Balanche. Mais ce gouvernement devra "se faire accepter par la population et par les conseils au niveau local qui se sont organisés dans les territoires conquis par les rebelles", précise le spécialiste. Ce qui semble difficile.

En Syrie, l'opposition est divisée entre ceux qui espèrent l'instauration d'un tel gouvernement qui pourrait permettre la gestion de la crise humanitaire. Et les autres qui jugent la Coalition incapable de choisir une administration compétente. Fabrice Balanche s'interroge : "Est-ce que cela vaut la peine de mettre en place un gouvernement provisoire, puisque cette Coalition ne règne sur aucun territoire ? Pourquoi les rebelles armés abandonneraient- ils les territoires qu'ils ont conquis par les armes à des technocrates ?".