A la veille de la réunion à Amman des Amis de la Syrie (qui rassemble les représentants de onze pays soutenant l'opposition), les tensions sont plus que vives au Proche-Orient. Le conflit entre le régime de Bachar al-Assad et la rébellion s'est étendu aux pays frontaliers, sur fond de luttes interreligieuses, depuis que des combattants du Hezbollah libanais se sont joints aux troupes de l'armée régulière.

Au moins 31 membres du mouvement sont morts depuis dimanche à Qousseir, une ville située à l'ouest de la Syrie et jusque-là tenue par les rebelles, mais seulement "neuf soldats et trois miliciens pro régime ont péri, ce qui prouve clairement que c'est le Hezbollah qui mène l'assaut", a affirmé le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. Selon Waddah Charara, professeur de sociologie à l'Université libanaise, le Hezbollah serait entré dans le conflit à Qousseir "car cette ville est la porte par laquelle passent les hommes (les rebelles en majorité sunnites, ndlr) et l'armement vers le nord du Liban et du nord du Liban vers la Syrie". Le mouvement aurait fait de nombreux prisonniers parmi les rebelles, selon un proche du parti.

Comme le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, la Maison Blanche a dénoncé "l'intervention directe" du mouvement libanais, estimant que sa présence en Syrie "exacerbait les tensions confessionnelles dans la région". L'Union européenne envisage pour sa part de mettre la branche armée du mouvement libanais sur la liste des organisations terroristes. Selon Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques, l'opération militaire de Qousseir aurait pour objectif de mettre la pression sur la communauté internationale avant la conférence prévue en juin à Genève pour régler l'avenir du pays. "Elle vise à convaincre les autres parties (rebelles et opposition) que l'option militaire ne pourra pas réussir" contre le régime, a déclaré cet analyste syrien proche du pouvoir.

Le conflit s'étend à Israël et au Liban

D'après un haut responsable du département d'Etat américain, des Iraniens seraient également présents aux côtés des soldats fidèles à Bachar al-Assad. Le pays est en effet un des soutiens indéfectibles de Bachar al-Assad. Ce diplomate a affirmé tenir ses informations de chefs de l'Armée syrienne libre mais n'a pas pu donner d'estimation du nombre de combattants étrangers impliqués dans la bataille, ni du rôle exact joué par les Iraniens. 

Au-delà du territoire syrien, les combats touchent désormais le Liban à l'intérieur de ses frontières : deux sunnites qui tentaient de rejoindre Qousseir pour y combattre ont ainsi été tués et enterrés mardi dans la région libanaise de Wadi Khaled. A Tripoli, la grande ville du nord du pays, des affrontements ont éclaté entre habitants de quartiers sunnite et alaouite (la communauté à laquelle appartient Bachar al-Assad), faisant quatre morts et 35 blessés. L'armée libanais a été déployée mais n'a pu empêcher la poursuite des combats.

L'armée syrienne multiplie également les provocations avec Israël. Dans la nuit de lundi à mardi, des tirs ont touché un véhicule militaire de Tsahal, sur le plateau du Golan en partie occupé par l'état hébreu. L'armée israélienne a riposté. "Nous ne permettrons pas que les hauteurs du Golan deviennent la zone de confort d'Assad. S'il sème le trouble sur le Golan, il devra en subir les conséquences", a prévenu le chef d'état-major israélien Benny Gantz. Dans la nuit de dimanche à lundi, des tirs syriens avaient déjà touché un secteur du Golan occupé, mais l'armée israélienne n'avait pas répliqué.