Une initiative qui pourrait bien gêner à nouveau la diplomatie française. Le député français Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate (affilié au parti Les Républicains) s'est rendu en Syrie, où il a rencontré le président Bachar el-Assad, dimanche. Il a notamment souligné la nécessité d'un "dialogue" avec ce dernier, selon l'agence de presse officielle Sana.

Mais cette rencontre fait grincer des dents et pour cause : elle est en totale contradiction avec la ligne soutenue par Paris. Résultat : ce lundi matin, face à une polémique qui enfle, Jean-Frédéric Poisson enchaîne les interviews depuis Beyrouth, au Liban, avec le Scan du Figaro puis France info pour se justifier : "Je ne soutiens pas le régime Assad mais je pense qu'il n'est absolument pas sur le départ et que les rebelles n'arriveront jamais jusqu'à Damas", explique-t-il au quotidien avant de préciser sur les ondes de la radio publique qu'il ne lui appartient pas de juger de "la moralité de tel ou tel régime".

Tous les sujets évoqués... enfin presque

Sur France info, le député explique ensuite ne pas avoir averti le ministère des Affaires étrangères, ni le président de la République, de son déplacement. "Que ça plaise ou pas à François Hollande, ça ne m'intéresse pas", évacue-t-il.

De quoi Bachar al-Assad et Jean-Frédéric Poisson ont-ils parlé "pendant 1h20, en français et en arabe, avec l'aide d'un interprète" ? Du sort du Liban, de tous les sujets, dixit le député. Tous, enfin presque. "Avez-vous évoqué les exactions dont est accusée l'armée syrienne ?", l'interroge la journaliste radio. Réponse de l'intéressé : "Je n'étais pas là spécialement pour ça. Vous savez, il n'y a pas de guerre propre. Je ne suis pas la cour pénale internationale."

"Un dictateur"

Sa visite à Damas fait écho à celle, très controversée, de plusieurs députés français, en février dernier. Si elle s'était voulue discrète, elle avait suscité une vive polémique, Manuel Valls la qualifiant une "faute morale", tandis que François Hollande dénonçait l'initiative de la rencontre avec "un dictateur" de la part de parlementaires "qui n'ont été mandatés que par eux-mêmes".

Jean-Frédéric Poisson n'est toutefois pas seul à soutenir la reprise du dialogue avec l'homme fort de la Syrie. A un bord politique bien différent Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) s'est lui-même prononcé en ce sens, considérant qu'"on discute avec les gens qui sont en guerre, sinon ce n'est pas la peine d'essayer de faire la paix".

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