Le G8 s'est ouvert lundi dans un climat électrique en Irlande du Nord. Alors que le sommet des grandes puissances (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada et Russie) devait initialement être consacré à l'exil fiscal, le sujet a été relégué au second plan derrière l'enlisement du conflit syrien, dans lequel la Russie est pointée du doigt. Le Premier ministre canadien Stephen Harper a donné le ton dès dimanche, en déclarant que Vladimir Poutine soutenait "un régime de brutes". Avant d'ajouter à son sujet : "Ne soyons pas dupes. Ceci est un G7 plus un. A moins qu'il ne change radicalement de position, nous n'aurons pas de position commune avec lui au G8".

Dans ce contexte, c'est sur le duo Barack Obama – Vladimir Poutine que tous les projecteurs sont braqués. Les deux hommes, qui ne sont se pas rencontrés en tête-à-tête depuis un an, vont avoir l'occasion lundi après-midi de se dire en face leurs désaccords. D'un côté, Washington a durci le ton la semaine dernière en reconnaissant, après bien des atermoiements, que Damas avait franchi une "ligne rouge" en faisant usage d'armes chimiques. Préfigurant un soutien annoncé à l'opposition syrienne, dont l'administration Obama n'a cependant pas encore précisé les modalités. En face, Moscou tient sa ligne dure. "Je pense que tout le monde sera d'accord sur le fait que ça ne vaut pas la peine de soutenir des personnes qui non seulement tuent leurs ennemis mais mangent aussi leurs organes en public et devant les caméras", a lancé Vladimir Poutine, faisant référence à une vidéo diffusée en mai et montrant un rebelle syrien éviscérant un soldat. Lundi, Moscou a par ailleurs accusé Washington de "violation directe du droit international" par ses activités militaires en Jordanie.

François Hollande n'a pas "trop d'illusions"

Depuis plusieurs semaines, les deux chancelleries avaient pourtant uni leurs forces pour pousser l'organisation d'une conférence internationale – dite Genève II – destinée à trouver une solution politique au conflit syrien. "Mais l'offensive du régime dans la région de Qousseir a dû donner le sentiment aux Américains que les Russes laissent Damas modifier le rapport de force sur le terrain pour arriver en position de force à Genève, ce qui est contraire au principe d'une recherche de solution politique", analyse pour
metronews Ziad Majed, professeur des études du Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris. "De plus, Washington s'inquiète de voir l'implication croissante du Hezbollah et de l'Iran, qui donne une dimension régionale au conflit".

Tout cela aurait donc poussé l'administration Obama à prêter une oreille plus attentive à ceux qui la pressent de durcir sa position à l'égard de Moscou et Damas. Aux Etats-Unis, les républicains appuient en ce sens, soutenus récemment par l'ex-président démocrate Bill Clinton. Paris et Londres, surtout, poussent à la livraison d'armes à l'opposition syrienne. "Comment peut-on admettre que la Russie continue de livrer des armes au régime de Bachar al-Assad alors que l'opposition n'en reçoit que très peu et est aujourd'hui massacrée ?", a déclaré François Hollande à quelques journalistes en arrivant lundi en Irlande du Nord. "Je pense qu'il ne faut pas avoir trop d'illusions, ce n'est pas ici, au G8, que nous allons trouver la solution. Mais ça peut être une étape", a ajouté le chef de l'Etat, qui a rencontré Vladimir Poutine en tête-à-tête. Pour Ziad Majed, "les Russes vont au moins sentir que pour une fois, le camp adverse est uni et déterminé." Une étape.