Isoler les islamistes de l'opposition syrienne pour mieux financer les modérés, tel est le but de Laurent Fabius. Le ministre des Affaires étrangères français a déclaré jeudi, dans un entretien au Monde, vouloir demander à l'ONU de classer les rebelles islamistes du Front djihadiste Jabhat Al-Nosra ("Le Front de soutien"), une composante de la rébellion syrienne, comme "organisation terroriste". Une manière, selon lui, d'"augmenter notre soutien" à la Coalition nationale syrienne "qui doit s'élargir, s'unifier et garantir clairement à chaque communauté le respect de ses droits en cas de changement de régime". Comble du paradoxe : Laurent Fabius relaie ainsi une demande effectuée par le régime de Bachar al-Assad lui-même qui a dénoncé ce financement du terrorisme.

S'il constitue depuis début 2012 une force non négligeable, le Front Al-Nosra a en effet mauvaise réputation depuis le 10 avril dernier, jour où il a prêté allégeance à Al-Qaïda par un message audio diffusé sur Internet. Son chef, Abou Mohammed Al-Golani, y reconnaît l'appui militant et financier apporté par Al-Qaïda en Irak qui "a approuvé le projet proposé par Al-Nosra pour venir au secours de nos frères opprimés en Syrie et nous a donné une partie de l'argent de l'Etat islamique d'Irak" (une organisation réunissant différents groupes djihadistes). Cette annonce ne fait qu'officialiser des liens avec Al-Qaïda plus anciens mais gardés secrets "en raison de la particularité de la Syrie", a expliqué Abou Mohammed Al-Golani.

Des volontaires venus du monde entier

En plus de ce soutien logistique, certains experts soupçonnent également la présence de combattants venus d'Irak, peut-être entrés dans le pays avec la bénédiction du régime de Bachar al-Assad. Le groupe pourrait compter près de 6 000 membres, en majorité syriens. Mais il comprendrait également des volontaires de pays arabes, du Caucase, d'Asie centrale, d'Afrique du Nord ou de l'Est ou d'Europe.

Le chef du Front affiche ses ambitions pour l'avenir de son pays : "En tout cas, l'Etat islamique en Syrie sera construit par tout le monde, sans exclusion d'aucune partie ayant participé au djihad et au combat en Syrie." L'Armée syrienne libre (ASL), plutôt laïc, rejette cette gouvernance islamique et la rhétorique anti-chiite et anti-alaouite (l'ethnie d'origine d'al-Assad) du mouvement.

Jusqu'ici, les djihadistes étaient apprécié par les populations qui voient souvent en l'ASL des combattants corrompus. Mais récemment, des accrochages auraient eu lieu avec les habitants chiites des zones libérées lorsque des membres du Front Al-Nosra auraient cherché à réprimer des comportements jugés "anti-islamiques".