Quand le conflit syrien a commencé à s'éterniser, et les morts à se compter par dizaines de milliers, la question d'une intervention internationale a fini par se poser. Les chancelleries occidentales se sont alors mises d'accord pour tracer une limite claire à Bachar al-Assad : l'utilisation d'armes chimiques.

Le 20 août dernier, Barack Obama prévient que si Damas franchit cette "ligne rouge", il y aura "d'énormes conséquences", qu'il n'explicite pas. Le président américain répètera cet avertissement solennel à plusieurs reprises. Le 25 avril dernier, Washington admet pour la première fois que le régime syrien a probablement utilisé ses armes chimiques. Mais la Maison-Blanche précise que les renseignements ne sont pas suffisants pour être sûr que Damas a effectivement franchi la "ligne rouge". Le 10 mai, c'est chose faite : le secrétaire d'Etat John Kerry déclare alors, sans donner de détails, que les Etats-Unis "pensent avoir la preuve solide de leur utilisation".

Laurent Fabius veut "des vérifications"

Où sont donc les conséquences promises à Damas ? "Les Occidentaux se sont avancés sur une ligne qu'ils ne peuvent pas tenir : aujourd'hui, tout le monde rétro-pédale parce que personne ne veut intervenir en Syrie", analyse Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) .

Aux Etats-Unis, Barack Obama rechigne à s'engager de nouveau dans la région, après avoir réussi à sortir des bourbiers irakien et afghan. Le souvenir des erreurs commises en 2003 rendent également son administration très prudente, a admis le vice-président Joe Biden : "Nous ne voulons pas tout gâcher comme la précédente administration (de George W.Bush, ndlr) l'a fait en Irak, en disant 'armes de destruction massive'". Paris n'est guère plus en pointe. Suite au reportage du Monde lundi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a fait état de "présomptions d'utilisation d'armes chimiques de plus en plus étayées", estimant néanmoins que ces informations nécessitaient encore "des vérifications très précises".