Si ce vendredi marque le deuxième anniversaire de la guerre civile en Syrie, c'est également un jour de contestation au sein de la classe politique française. Alors que le gouvernement a fait part jeudi de son souhait de livrer des armes aux rebelles syriens malgré l'embargo de l'Union européenne, cette position, partagée par le Royaume-Uni, fait grincer des dents dans l'opposition. De la réserve à la critique véhémente, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer ce dessein.

Dans les rangs de l'UMP, le scepticisme domine. "On marche sur la tête", a estimé Michèle Alliot-Marie sur France Info. "Quand j'entends François Hollande qui va théoriquement à Bruxelles pour convaincre nos partenaires et qui commence à dire "toute façon, quoi que vous disiez, on fera ce qu'on veut faire". Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Depuis le départ, je dis effectivement que François Hollande n'a aucune expérience en matière internationale et diplomatique. Nous en avons là un parfait exemple", a poursuivi l'ancienne ministre des Affaires étrangères.

Bayrou rappelle le précédent libyen

Christian Jacob regrette également le cavalier seul de l'exécutif français sur un sujet sensible. "On connaît tous les risques qu'il peut y avoir : à savoir où finissent les armes ?", s'est interrogé le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale sur RTL. "Je pense qu'il ne faut pas se mettre en situation d'être en position isolée sur un conflit comme celui-là. Pourquoi ne pas arriver à prendre une position commune au sein de l'Union européenne ?"

"C'est une horreur totale. Mais si nous livrons des armes, il y aura encore plus de morts. Mes considérations sont strictement humanitaires", a pour sa part indiqué Claude Guéant, "opposé" au projet. Interrogé sur RMC/BFM TV, l'ex-ministre de l'Intérieur s'est également montré inquiet du sort des armes, les dissensions étant nombreuses au sein de l'opposition syrienne. "Tous les analystes le disent, il y aura des divergences, des combats après le départ de Bachar Al-Assad", a affirmé ce proche de Nicolas Sarkozy, évoquant sa "terreur" à l'idée "qu'un hélicoptère français au Mali soit abattu par une arme que nous aurions livrée aux djihadistes en Syrie."

"Je trouve qu'il y a là un très grand risque pris", a confié de son côté François Bayrou sur Europe 1. "A qui livre-t-on des armes ? Il y a des gens très biens dans la résistance syrienne et puis il y a des fondamentalistes", a assuré l'ex-candidat centriste à la présidentielle, redoutant "une escalade" et "une surenchère des livraisons d'armes" avec l'Iran et la Russie, alliés du régime syrien. "On a vu en Libye ce que faisaient les livraisons d'armes et le fait que ça se répandait dans toute la région et que nous ayons ensuite à les affronter'".