Émouvoir pour convaincre : tel semble être désormais l’objectif de la France et des États-Unis. A l'heure où une majorité de Français et d'Américains restent hostiles à une intervention en Syrie et où la classe politique apparaît toujours divisée, la bataille des images est déclarée. Et semble parfaitement assumée par les deux gouvernements.

Des corps d’enfants sur le site du ministère de la Défense

La chaîne d'informations américaine CNN a diffusé, samedi, des extraits des treize vidéos envoyées par l'administration d’Obama aux sénateurs, pour les convaincre de voter en faveur de frappes contre le régime de Damas. Les images font froid dans le dos. Des corps, agonisants ou morts sont montrés au grand public. Gros plans sur les yeux, spasmes, convulsions et hypersalivations visent clairement à faire changer d’avis les plus récalcitrants à une intervention en Syrie. "Nous vous les montrons parce que ça fait partie du débat", se justifie le présentateur. Et ce dernier de préciser : "Ce sont ces images que nos élus ont vues."

Lundi dernier, la France avait ouvert le feu en publiant sur le site du ministère de la Défense, six des 47 vidéos analysées et authentifiées par les services de renseignement français. A l’instar des diffusions de CNN, ces vidéos sont également insoutenables. On y voit des corps d’enfants étendus au sol. Certains suffoquent, d’autres salivent. Des images qui succèdent à la publication d’une note déclassifiée par le renseignement français, indiquant les éléments qui accusent Bachar Al-Assad d’être à l’origine de l’attaque au gaz sarin du 21 août dernier à Damas. Des images qui peuvent influer sur l'opinion publique quant à la "nécessité d’intervenir" en Syrie ? Pas si sûr, du moins pour l'instant : sans un sondage de l'Ifop pour Le Figaro publié samedi, environ deux tiers des Français sont toujours opposés à une intervention. Aux Etats-Unis, ils sont 59%. 

Des vidéos, mais toujours pas de preuves

La partie adverse a également décidé de prendre part à la bataille. Jeudi, le New York Times a ainsi mis en ligne une vidéo montrant cette fois-ci des rebelles syriens exécuter sept prisonniers, identifiés comme étant des soldats de l’armée de Bachar Al-Assad. Les soldats sont torse nu et agenouillés, tête contre terre. Leurs dos sont marqués de bleus et de blessures. Derrière eux, des rebelles se tiennent debout, arme au poing. Un commandant récite un verset révolutionnaire, proclamant sa volonté de "se venger du régime", puis il abat le prisonnier qui se tient à ses pieds d'une balle dans la tête. Ses compagnons l’imitent ensuite. La vidéo aurait été tournée au mois d'avril et utilisée par le chef de brigade auprès de donateurs non identifiés pour recueillir des fonds.

Rallier opinions publiques et politiques à leur cause, voilà l’objectif qui semble donc être celui de la France et des États-Unis, toujours isolés sur la scène internationale. L’administration Obama sait qu’il ne lui reste que peu de temps pour obtenir la majorité au Congrès dont les débats débutent lundi. Mais si les vidéos diffusées par les administrations publiques montrent bien l’atrocité des attaques, elles ne prouvent toujours pas une chose : l’origine de l'attaque au gaz sarin du 21 août. Des preuves qui aideraient bien plus la France et les États-Unis à convaincre de la légitimité d’une intervention en Syrie.