C'est un paysage apocalyptique qui s'étend sur des kilomètres. "Tout est détruit", résume le général américain Paul Kennedy, envoyé sur place avec 90 Marines et deux avions C-130 remplis de vivres et de matériel. Après le passage du super typhon, Tacloban, ville de 220.000 habitants, n'est plus. Jusqu'à présent, les autorités évoquaient au moins 10.000 victimes dans l'ensemble du pays. Les Nations unies parlent désormais de ce chiffre pour cette seule ville côtière, devenue charnier à ciel ouvert.

La capitale de la province de Leyte est depuis cinq jours livrée aux "pillards de la faim", des rescapés affamés et épuisés, acculés au pillage. "Je suis une personne décente. Mais si vous n'avez rien mangé depuis trois jours, vous en arrivez à faire des choses affreuses pour survivre, témoignait dimanche à l'AFP un père de famille titubant au milieu des cadavres pour fouiller les restes d'une maison effondrée. Ce typhon nous a enlevé toute dignité". Pour tenter d'empêcher les pillages, le gouvernement philippin a annoncé ce mardi un couvre-feu, l'envoi de véhicules blindés et des centaines de soldats.

Des secours qui tardent à arriver

"Nous les faisons circuler dans la ville pour montrer aux gens, en particulier ceux avec de mauvaises intentions, que les autorités sont de retour", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Mar Roxas, précisant que des check points avaient également été mis en place. Et de poursuivre : "Nous savons que certaines personnes ne peuvent pas rentrer chez eux parce que leurs maisons ont été emportées mais c'est plus efficace contre les bandes qui rôdent et cherchent des cibles". Le ministre s'est gardé de préciser où les milliers de personnes sans-abri étaient supposées trouver refuge.

Près de l'aéroport dévasté de Tacloban s'étirait une longue file de survivants ayant parcouru des kilomètres dans la boue dans l'espoir de trouver de l'aide. "S'il vous plaît, s'il vous plaît, dites aux autorités de nous aider. Où est la nourriture ? Où est l'eau ? Où sont les soldats pour collecter les cadavres ?", lance une mère de famille à un journaliste de l'AFP. A Tacloban, comme dans de nombreuses zones sinistrées, l'aide tarde à arriver. Le défi humanitaire est immense : près de dix millions d'habitants - soit 10% de la population du pays - ont été affectés par la catastrophe.