Des Français qui s'expatrient pour mener la "guerre sainte" (djihad). Le phénomène n'est pas massif mais il gêne. Ce week-end, il a été remis sur le devant de la scène par les quatre journalistes libérés en Syrie, qui ont raconté que certains de leurs geôliers, islamistes, parlaient français. Mardi matin, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avançait le chiffre de 500 Français engagés dans le djihad en Syrie contre les troupes de Bachar al-Assad. C'est dans ce contexte que Bernard Cazeneuve, nouveau ministre de l’Intérieur, présentera mercredi en Conseil des ministres un plan de lutte contre les filières djihadistes en France - qui avait été initié par Manuel Valls - dont voici les grandes lignes, révélées par Le Figaro.

Surveillance d'Internet
La lutte contre le cyber-djihadisme est l'un des pierres angulaires du plan. La fréquentation des sites extrémistes, donnant le mode d'emploi de la fabrication d'explosifs ou appelant au djihad et à la mort en martyr, sera particulièrement observée. La surveillance devrait notamment permettre de repérer des recruteurs.

Fichage renforcé
''Une forte intuition'' laissant penser qu'un ressortissant français souhaite quitter le territoire français pour partir combattre permettra d'inscrire le suspect dans plusieurs fichiers policiers, dont un système d'information à l'échelle européenne. Une mesure qui vise à appréhender les personnes fichées dans l'ensemble des aéroports européens. Même si beaucoup de candidats au djihad en Syrie, par exemple, décident de partir en bus, en passant par la Turquie.

Autorisation de sortie de territoire pour les mineurs
En novembre 2012, Manuel Valls - alors ministre de l’Intérieur - avait fait publier une circulaire supprimant l'autorisation de sortie de territoire (AST) pour les mineurs. Les moyens renforcés de lutte contre les rapts d'enfants lui avaient enlevé sa raison d'être. Le djihadisme lui en donne une nouvelle : pour empêcher le départ de jeunes candidats au jihad, le gouvernement souhaite rétablir cette obligation.

Centres d'accueil
Autre mesure envisagée, la prise en charge par des structures spécialisées de jeunes fréquentant une mosquée fondamentaliste ou surfant sur des sites faisant l'apologie du terrorisme. Les parents soucieux de la radicalisation précoce de leurs enfants pourront même s'y rendre pour parler avec différents experts. En amont, le gouvernement pourrait lancer une campagne de sensibilisation, en partenariat avec les mairies et l'Education nationale.

Réforme de la DCRI
Les dysfonctionnements de la Direction centrale du renseignement intérieur avaient été pointés dans l'affaire Merah. Elle devrait faire peau neuve et se renforcer. Elle changera d'abord de nom, pour devenir une direction générale (DGSI), tout en quittant le giron de la police pour dépendre directement du ministre de l’Intérieur. Sur cinq ans, 430 analystes, interprètes, informaticiens ou chercheurs s'ajouteront par ailleurs aux quelque 3200 fonctionnaires de police actuels.