Alors que l'égalité homme-femme reste un cheval de bataille dans de nombreux pays, le Dalaï Lama a offert un exemple de sagesse. Dans une interview à la chaîne britannique Channel 4 lundi, le chef spirituel des bouddhistes tibétains a déclaré : "Je pense qu’il serait bon d’avoir une femme comme leader, car, voyez-vous, biologiquement, une femme a plus d'aptitude à développer de l'empathie et à aimer l’Autre". Avant de confier : "Les femmes sont plus fortes, et puis nous sommes au XXIe siècle, elles doivent tenir un rôle de plus en plus important dans la promotion de la compassion".

Ce n'est pas la première fois que le 14 ème Dalaï Lama affiche sa foi sans faille en la gente féminine. Dans une interview datant de 2011, le chef spirituel du Tibet, vaste ensemble comprenant la région autonome de Chine depuis 1965 mais aussi les régions de Kham (est) et de l'Amdo (nord-est), assurait déjà : "Je ne sais pas si je vais me réincarner...ou alors je me réincarnerai en femme".

Un "choc dans la société tibétaine patriarcale"

Pour Katia Buffetrille, ethnologue, tibétologue et chercheur à l'Ecole pratique des hautes études, interrogée par Metro , s'il n'est "pas impossible que cette figure spirituelle se réincarne en femme, cela créerait néanmoins un choc dans la société tibétaine patriarcale. Celle-ci ne s'est d'ailleurs jamais posée la question !" De plus, "il y a, en général, très peu de réincarnations féminines au Tibet" précise la spécialiste. Avant de s'interroger : "il n'est pas certain qu'une nonne qui ne soit pas complètement ordonnée (l'ordination plénière n'est pas donnée aux femmes dans le bouddhisme chinois, ndlr ) puisse être Dalaï Lama." Katia Buffetrille voit finalement les déclarations de l'actuel Dalaï Lama comme un "bon mot" mais n'y croit pas.

Quand bien même le Dalaï Lama exprime sa préférence, la Chine essaiera de toute façon de choisir le prochain leader spirituel lorsque l'actuel sera décédé. Un scénario selon lequel il y aura deux Dalaï Lama est donc possible : "un Dalaï Lama au Tibet, reconnu par la Chine, et un autre en exil, reconnu par le Tibet" explique la spécialiste. Pékin a déjà déclaré, en octobre 2011, "illégale" la réincarnation du prochain Dalaï Lama, affirmant que le titre devait être conféré par le gouvernement central chinois. Dans tous les cas, le choix d'un successeur prendra du temps, des mois, voire des années. Des groupes de moines doivent en effet rechercher l'enfant qui saura reconnaître les objets présentés devant lui comme ayant appartenu à l'ancien Dalaï Lama. Cet enfant pouvant se trouver n'importe où dans le monde.