Des fruits, des légumes, de la viande ou des plats cuisinés. Chaque semaine, Kadour fait ses courses dans des épiceries "bio" toulousaines. Au moment de régler ses achats, il ne sort ni sa carte bleue, ni son porte-monnaie... mais brandit des "Sol-Violette". Ce chômeur, âgé de 39 ans, fait partie des 1 300 utilisateurs convertis à la monnaie alternative, lancée par la mairie de Toulouse le 6 mai 2011.

Le concept est simple : on peut échanger ses euros au Crédit municipal ou au Crédit coopératif avec un taux de change fixé à 1 euro = 1 sol. Petit avantage, pour 20 euros, on obtient 21 sol. Le but est de renforcer les échanges économiques locaux.

"Développer le commerce toulousain"

"Cela a changé mes habitudes de consommation", concède Kadour qui est devenu depuis quelques mois, l'ambassadeur délégué des "solistes". "J'explique aux gens que c'est une monnaie qui évite la spéculation et qui permet de développer le commerce toulousain. Et petit à petit, l'oiseau fait son nid", glisse-t-il.

Après deux années de test, l'objectif en 2013 est "de multiplier par deux le nombre d'utilisateurs", lance Andréa Caro, la nouvelle coordinatrice du projet. Aujourd'hui cette monnaie est acceptée dans 123 lieux : cinéma d'art et d'essai, magasins d'alimentation bio ou restaurants associatifs. Les promoteurs veulent à terme étendre son rayon d'action. Elle peut par exemple être utilisée depuis mars dernier à la cafétéria du lycée Galliéni. Le restaurant "Vélo sentimental", lui, va plus loin. Ses employés en insertion ont désormais une partie de leur salaire payé avec des Sol Violette.

Une monnaie qui n'est pas réservée aux "bobos"

"La prochaine étape, c'est que les Toulousains puissent l'utiliser pour régler les services municipaux, comme la crèche, ou leur ticket de bus", renchérit Andréa Caro. Cela favoriserait les échanges entre utilisateurs qui ne sont pas assez importants et l'installerait encore un peu plus dans l'économie locale.

Une décision soutenue par les commerçants qui dressent un bilan nuancé. "Aujourd'hui, 2% de mon chiffre d'affaires est généré par le Sol Violette", se réjouit Sylvie Delpech, à la tête du magasin BioCoop sur les allées Jean-Jaurès. "Les solistes sont de plus en plus nombreux", confirme Thierry Bernard, gérant de l'épicerie bio "La Vie Claire" dans la banlieue toulousaine.

Mais les deux artisans reconnaissent devoir faire face aux réticences de certains fournisseurs, qui ne connaissant pas bien la monnaie. Pour la démocratiser, Thierry Bernard a décidé d'organiser le 26 juin prochain le premier "apéro Sol-Violette". "Pour montrer que cela ne s'adresse pas aux seuls "bobos" du centre-ville!".