Et là, d’un coup, il s’est écroulé. Au milieu de ses collègues de travail, en pleine réunion, Romain* est tombé par terre, pris de tremblements, en pleine crise de tétanie et d’épilepsie. Un burn-out. C’était en janvier 2011. Romain est jeune, pourtant. Il a alors 25 ans, il est commercial dans une entreprise d’une vingtaine de salariés. Il travaille beaucoup, et quelques mois auparavant, il a eu son premier enfant. Le boulot, les chiffres, la pression, tout ça a fait crac. Ou plutôt pshit. Romain est tombé, foudroyé.

Dans la foulée, le salarié rincé a enquillé 8 mois d’arrêt de travail. Sans vraiment comprendre ce qui lui était arrivé, il a tenté de se retaper. Il est allé voir les médecins, a passé des IRM, des scanners, a été placé sous anxiolytiques, antidépresseurs et autres médicaments contre l’épilepsie. Il a tenté un retour au travail, a fait une nouvelle crise, a été à nouveau arrêté. "Après mon burn-out, je n’arrivais plus à revenir dans l’entreprise, c’était horriblement anxiogène", raconte Romain à metronews. "D’ailleurs, je bloquais complètement à l’idée d’être confronté au public." 

"Dans le regard des autres, on a l’impression d’être un faible"

Le jeune homme reste enfermé, se replie chez lui. Même les sorties deviennent compliquées. Il panique. Période douloureuse. "Tu es démoli dans ta personne, tu es vidé, ton amour-propre en prend un coup", raconte-t-il. "Ce qui t’es arrivé fait que c’est aussi beaucoup plus difficile de se confronter aux regards des autres. Dans leur regard, on a l’impression d’être un faible." Même des amis proches ne comprennent parfois pas. "Certains médicaments sont hyper fatigants, peuvent te faire grossir ou changer de personnalité, tu as besoin de vachement dormir", explique le trentenaire.

Il se souvient d’être parti en vacances en famille, avec un couple d’amis. "Je faisais une heure, une heure et demi de sieste par jour. C’était une nécessité, un vrai besoin. A travers certaines de leurs remarques, j’ai senti qu’ils ne comprenaient pas, qu’ils se disaient : 'Mais quel flemmard'." Pourtant, Romain prévient : "Ca peut tomber sur n’importe qui, à tout âge de la vie. Et l’état dans lequel j’étais, je ne le souhaite à personne. Ce n’est pas simple. Vraiment pas simple."

"Tu te mets la pression pour atteindre des objectifs"

Depuis son burn-out, il a regardé sa vie d’avant, s’est plongé dans la documentation sur le sujet. "Il y a des signes avant-coureurs, c’est sûr", dit-il aujourd’hui (voir encadré). "En premier lieu, il y a le contexte du travail, les relations avec les collègues dans l’entreprise, si l’ambiance est bonne ou pas. Il y a la pression que peut te mettre ton N+1 ou N+2. Mais il y a aussi ta personnalité qui rentre en ligne de compte : la pression que tu vas te mettre, toi, pour atteindre des objectifs que tu te fixes." Et ça, Romain en est sûr : "Les personnes perfectionnistes ou méticuleuses sont sans doute plus sensibles", estime-t-il. "On te fixe des objectifs, et tu ne relativises plus, tu ne prends plus de recul, et petit à petit, le travail remplit toute ta vie", dit-il.

Il reste pudique, encore hésitant pour parler de son cas. "Tu déconnectes de tes centres d’intérêts, de tes amis, tes proches", dit-il. "Et au final, tu es insatisfait de la situation, parce qu’au travail tu n’as pas atteint tes objectifs, tu n’as aucune reconnaissance de tes supérieurs". Tout cela passe inaperçu au départ. Mais vite, le travail bouffe la vie. Sournoisement. "Au début, tu veux être reconnu, monter en grade, alors tu t’y mets à fonds", détaille Romain. "Tu te fais des listes de tâches avant de dormir, tu te réveilles à 3 h du matin pour penser à un rendez-vous, tu bosses tes dossiers les week-ends, tu traites les sujets et réponds aux appels pendant tes vacances." Engrenage infernal : "Tu ne déconnectes plus. Tu as l’impression de gérer." Et en fait, non. Fatigue, stress accumulé, un dossier qui tient à cœur… jusqu'à ce que tout explose.

"Je sais que je suis toujours sur la corde raide"

Depuis 5 ans, Romain a fait du chemin, doucement. Il a repris le travail. Il a maintenant quatre enfants. "La famille, ma vie personnelle, a été un vrai soutien", reconnaît-il. Le soir en rentrant, il essaie de couper, de s’aérer. "Ce sont des moments importants, qu’il faut se garder." Mais parfois, Romain chute à nouveau. Les idées noires reviennent Il y a quinze jours encore, il a fait une nouvelle crise. Il en a refait plusieurs au boulot, de ces crises que les médecins ne savent pas expliquer. "Même si je me sens mieux, je vis avec une béquille", synthétise le père de famille. "Je prends toujours mon traitement, c’est comme une couverture de sécurité".

Parce que tous les problèmes ne sont pas résolus, loin de là : "Je travaille toujours dans la même boîte, la pression est toujours là. Plusieurs salariés sont d’ailleurs sur la ligne rouge", explique Romain. "C’est plutôt un travail à faire sur soi pour mieux gérer les choses. Ce n’est pas simple. Je sais que je suis toujours sur la corde raide." Souvent, le médecin lui a prescrit des jours d’arrêt, qu'il n'a pas pris. "Je suis un peu coincé, dit-il. Comment ça va être interprété au travail ?"  La conversation s'achève, et Romain est encore dans sa voiture, de retour du travail. Fin d'une longue journée. Et début d'une autre. "On va essayer de coucher les enfants tôt et se coucher tôt, pour pouvoir souffler", promet-il. "Mais ce n’est pas gagné."

* Le prénom a été changé

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