Au lendemain de la fusillade meurtrière dans un cinéma d'Aurora, l'une des grandes villes de l'agglomération de Denver, dans le Colorado, le dernier bilan s'élève à 12 morts et 58 blessés, dont au moins une dizaine étaient "dans un état critique" hier soir, a annoncé le chef de la police locale, Dan Oates.
Au moins un enfant, de six ans, parmi les blessés...
Une "poignée" des patients soignés à l'hôpital souffrent de contusions et autres blessures engendrées par le mouvement de panique, mais la plupart ont été atteintes par des tirs, a précisé le policier.
Les autorités n'ont fourni aucune indication sur l'identité des victimes, mais vu le public habituel de ce genre de film, on peut présumer qu'il s'agit surtout d'adolescents et de jeunes adultes. Ce Batman était déconseillé, mais pas interdit au moins de treize ans, de sorte que parmi les six blessés pris en charge dans un hôpital local, le plus jeune est un enfant de six ans.
Une séance exceptionnelle pour la première de Batman...
Les faits se sont produits dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 juillet, alors qu'à minuit, comme dans nombre de cinémas des Etats-Unis, des spectateurs étaient venus en masse au "Century 16 Movie Theater" d'Aurora, pour assister à la toute première séance du dernier volet de la trilogie Batman, "The Dark Knight Rises".
Selon le témoignage de Chris Jones, l'un de ces spectateurs, à la télévision locale KHGH-TV, la fusillade a commencé de 20 à 30 minutes après le début du film.
Un nuage de fumée, puis une pluie de balles...
D'après le chef de la police d'Aurora, des témoins ont indiqué que le tireur qui portait un gilet pare-balles et un masque à gaz a lâché une bombe lacrymogène, ou en tout cas fumigène à son entrée dans la salle. "Ils ont entendu un sifflement, puis une sorte de gaz est apparu et le tireur a ouvert le feu", ont-ils raconté.
Il a fallu quelques instants pour que la terreur s'empare de la salle. C'est que, hasard ou calcul du tueur, il est passé à l'action au beau milieu d'une scène de fusillade à l'écran. "On a juste continué à regarder le film pendant un moment", a raconté un témoin, puis, réalisant que quelqu'un tirait bel et bien, "tout le monde a commencé à paniquer".
Un blessé jusque dans la salle d'à côté…
De même Chris Jones n'a pas réalisé tout de suite ce qui se passait. "J'ai d'abord cru que c'était seulement des pétards. Il y avait de la fumée, et puis j'ai entendu 'bam, bam, bam'. Le tireur n'avait même pas besoin de recharger. Les tirs partaient sans arrêt", a-t-il témoigné.
"Des gens ont commencé à s'effondrer", d'autres se sont volontairement couchés "sur le sol pour éviter d'être touchés". Peine perdue pour soixante-dix d'entre eux, tués ou blessés, dont l'un qui se trouvait dans une salle mitoyenne.
Le sinistre écho de Columbine…
On en sait un peu plus désormais sur l'identité du suspect, qui s'est laissé interpeller sans opposer de résistance, sur le parking, derrière le multiplex.
James Holmes est âgé de 24 ans et habite la commune où a eu lieu le drame. Pour l'anecdote, qui n'est peut-être pas anodine, on notera qu'il avait autour de douze ans, le 20 avril 1999, quand, à une trentaine de kilomètres d'Aurora, au lycée de Columbine, deux adolescents avaient froidement abattu treize personnes avant de se suicider.
En pleine campagne présidentielle aux Etats-Unis, ce nouvel "acte d'un esprit fortement dérangé", selon le mot du gouverneur du Colorado, John Hickenlooper, relance douloureusement le débat autour de la vente et du port d'armes, qu'avant le drame ni Barack Obama, ni son rival républicain Mitt Romney ne semblaient pressés de réglementer, dans ce pays où une large partie de la population est très attachée au sacrosaint deuxième amendement de la Constitution, qui accorde à chacun le droit d'être armé.
Un impressionnant stock d'armes et de balles
James Holmes s'était ainsi doté d'un véritable arsenal, acquis en toute légalité, a assuré la chaîne de magasins Bass Pro Shops. Outre un pistolet retrouvé dans le cinéma, la police a saisi un fusil d'assaut, un fusil à pompe et un pistolet dans la voiture du suspect.
Par ailleurs, a précisé le chef de la police, tout aussi légalement, le tireur avait acheté sur Internet plus de 3.000 balles et autant de cartouches au cours des deux derniers mois, sans parler de "plusieurs chargeurs pour le fusil d'assaut de calibre .233, dont un chargeur de 100 balles, qui a été retrouvé sur les lieux".
On ne sait pas encore précisément combien il en a tiré, mais a précisé le policier, avec le chargeur en question, les experts estiment qu'il pouvait mitrailler à raison de “50 à 60 balles" par minute.
Des pièges "très sophistiqués" dans l'appartement du tireur
Brun, les cheveux courts, le visage rond et souriant sur les photos de lui qu'ont diffusées les médias américains, James Holmes, un étudiant originaire de San Diego, en Californie, n'avait pas particulièrement l'apparence d'un psychopathe ou d'un terroriste, si tant est que le physique puisse en témoigner. Il n'avait pas d'antécédent judiciaire et n'était pas connu de la police, hormis pour un excès de vitesse.
L'immeuble, réservé à des étudiants et employés de l'école de médecine de l'Université du Colorado, où Holmes résidait a été évacué, de même d'ailleurs que d'autres habitations alentour. Selon les témoignages de voisins dans la presse, Holmes y vivait reclus, notamment depuis l'abandon des études en neurosciences, qu'il avait entamées à l'automne dernier et auxquelles il avait mis fin en juin, a indiqué un porte-parole de l'Université du Colorado au Wall Street Journal.
Prudemment, depuis l'extérieur de la résidence, des policiers se sont approchés de son appartement à l'aide d'une grue. "Nous pourrions rester ici plusieurs jours", a estimé le chef de la police, car l'appartement est truffé de "matériel explosif ou inflammable". De nouveau, des artificiers vont tenter ce samedi de s'y aventurer, ce qui est "un vrai défi", car "il y a un amas de fils électriques, de fils de détente, de bocaux remplis de munitions, de liquides. Plusieurs choses qui ressemblent à des munitions de mortier".
Obama et son rival républicain face à leurs responsabilités
Au chapitre politique, soulignant le contexte électoral et renvoyant les deux candidats dos à dos, le maire de New York, Michael Bloomberg, qui est favorable à un contrôle plus strict des armes a appelé Barack Obama et Mitt Romney à se prononcer sur la question.
"Il est peut-être temps que les deux hommes qui veulent être président des Etats-Unis se lèvent et nous disent ce qu'ils vont faire à ce sujet, car il s'agit à l'évidence d'un problème qui concerne tout le pays", a dit M. Bloomberg. "Il y a tant de meurtres commis chaque jour avec des armes à feu, cela doit cesser", a-t-il ajouté.
"Il y a des fusillades qui amènent les Américains à réfléchir à la violence par arme à feu, et celle-ci pourrait en être une", a de son côté estimé John Sugarmann, le président d'un centre de réflexion sur le sujet, le Violence Policy Center. "Nous sommes jusqu'à présent très déçus de l'action du président sur la question des armes", a-t-il souligné auprès de l'AFP.
A l'inverse, le très puissant lobby des armes accuse Obama d'en faire déjà trop, et de manoeuvrer en sourdine aux Nations unies, en soutenant un traité en cours de négociation, qui permettrait de limiter le droit constitutionnel des Américains à s'armer.
Obama, "choqué", reste très prudent…
Obama, qui a interrompu sa campagne en Floride, pour gérer cette crise depuis Washington, s'est dit "choqué" par cette fusillade "atroce et tragique" et a estimé que "tant de violence, tant de mal, est insensé". Il a appelé ses concitoyens à une "journée de prière et de réflexion", plutôt que de politique, et a ordonné que les drapeaux américains soient mis en berne jusqu'à mercredi soir sur tous les bâtiments publics, les représentations diplomatiques et les bases militaires.
Sur le fond, il avance très prudemment. "Le président croit que nous devons prendre des mesures de bon sens qui protègent les droits des Américains aux termes du Deuxième amendement, tout en faisant en sorte que ceux qui ne devraient pas posséder d'armes selon les lois en vigueur n'en obtiennent pas", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Pat Carney, reprenant le credo connu de M. Obama.
"Nous faisons des progrès à cet égard, par l'amélioration du volume et de la qualité de l'information lors des vérifications du passé [des acheteurs d'armes], mais je n'ai rien de plus à vous dire sur le sujet", a conclu le porte-parole.
















